
1. Premiers tirs et arrivée des mercenaires
Le 1er mars 2025, les habitants de Port‑au‑Prince ont entendu pour la première fois des détonations liées à des drones explosifs pilotés par des hommes de la société Vectus Global, fondée par l’Américain Erik Prince, ancien patron de Blackwater. L’intervention s’inscrivait dans une task force placée sous l’autorité du Premier ministre, officiellement pour aider les forces de sécurité à reprendre du terrain face aux gangs qui contrôlent plus de 80 % de la capitale et progressent vers l’Artibonite. Exemples et points clés :
- Date : 1er mars 2025 — première utilisation publique de drones explosifs.
- Acteur : Vectus Global, société privée liée à Erik Prince.
- Objectif annoncé : appuyer la police pour récupérer des quartiers et contrer l’expansion des gangs.
2. Un an plus tard : progrès fragiles et limites opérationnelles
Après un an d’opérations, le bilan reste mitigé : des avancées ponctuelles ont été constatées (la police a parfois mieux résisté) mais elles sont difficiles à consolider sur la durée. Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (Cardh) note des reconquêtes partielles comme le Champ‑de‑Mars et une partie du centre‑ville, sans toutefois de maintien durable. Points clés et exemples concrets :
- Gains tactiques : récupération de zones symboliques (ex. Champ‑de‑Mars).
- Limites : absence de patrouilles régulières après les frappes, impossibilité de tenir tous les secteurs repris).
- Absences notables : aucun chef de groupe armé majeur arrêté, aucune route stratégique véritablement récupérée.
3. Victimes civiles et alerte des ONG
Les organisations de défense des droits humains ont tiré la sonnette d’alarme sur le coût humain des frappes : au moins 60 civils tués en un an, dont environ 15 enfants, selon un calcul relayé par Human Rights Watch à partir de chiffres de l’ONU et d’associations haïtiennes. Ces victimes sont souvent des habitants contraints de « cohabiter » avec les gangs et exposés aux deux violences. Points saillants :
- Nombre de victimes : au moins 60 civils tués, dont ~15 enfants.
- Profil des victimes : civils non impliqués dans les gangs, familles, personnes en zone urbaine dense.
- Conséquences sociales : double peur : crainte des groupes armés et des opérations armées censées les combattre).
4. Légalité contestée de l’usage des drones explosifs
Des spécialistes rappellent que l’emploi de drones explosifs dans le contexte actuel n’est pas clairement encadré par le droit haïtien : la crise n’est pas formellement qualifiée de conflit armé, et l’usage de la force doit rester un dernier recours pour sauver une vie en danger imminent, ce qui rend illégal, selon des experts, le bombardement de bastions de gangs lorsqu’ils ne sont pas engagés dans un combat. Enjeux légaux et recommandations :
- Cadre juridique : utilisation de la force limitée au dernier recours; doute sur la légalité des frappes à l’intérieur des bastions.
- Responsabilité : nécessité d’un encadrement clair des règles d’engagement pour les mercenaires.
- Contrôle : mise en place d’enquêtes indépendantes et mécanismes de reddition de comptes).
5. Opacité du contrat et données financières
Le contrat liant Vectus Global à l’État haïtien n’a jamais été rendu public, ce qui alimente interrogations et critiques : on ignore le nombre exact d’hommes sur le terrain, le détail des missions, le coût précis et les objectifs mesurables. La fondation Je Klere affirme avoir consulté un brouillon évoquant une centaine d’hommes pour environ 50 millions de dollars sur un an, via une société basée aux Émirats arabes unis ; ce montant est comparé à la capacité de financer des milliers d’agents de police. Points essentiels :
- Transparence manquante : contrat secret, flou sur les modalités d’intervention.
- Chiffres avancés : ~100 hommes, ~50 M$ sur un an (selon un brouillon cité par Je Klere).
- Comparaison : ce budget pourrait, selon la fondation, financer l’équivalent de 17 000 policiers haïtiens sur la même période.
6. Enjeux politiques, humanitaires et pistes d’action
La présence de mercenaires, la discrétion des autorités et l’absence de transparence renforcent des risques politiques et humanitaires : normalisation des forces privées, affaiblissement du monopole de l’État sur la violence, et aggravation de la défiance populaire. Pour limiter les dégâts et améliorer l’efficacité, plusieurs priorités émergent :
- Transparence : publication du contrat et des règles d’engagement.
- Protection civile : garanties pour prévenir les victimes et mécanismes d’indemnisation pour les victimes civiles.
- Renforcement étatique : investir dans la formation et le nombre de policiers nationaux, assurer des patrouilles régulières pour consolider les zones reprises (ex. maintien post‑frappe au Champ‑de‑Mars).
- Contrôle indépendant : enquêtes sur les frappes et responsabilités judiciaires en cas d’abus.
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