Une voix dissidente au cœur de l’IA
Meredith Whittaker, cofondatrice de l’AI Now Institute et, plus récemment, présidente d’une messagerie chiffrée reconnue, incarne une critique vive des grandes plateformes. Perçue comme un irritant par les géants du numérique, elle remet en cause l’idée selon laquelle l’intelligence artificielle serait une rupture purement technologique : pour elle, il s’agit surtout d’un outil qui décuple le pouvoir des entreprises qui le contrôlent.
Ce qui dérange vraiment les plateformes
La critique de Whittaker vise directement les modèles économiques et politiques des entreprises tech : la centralisation des données, la monétisation de l’attention et l’absence de contrôles démocratiques. Parmi les points qu’elle souligne :
- Surveillance commerciale : collecte massive de données pour le ciblage publicitaire (ex. Facebook/Meta).
- Concentration : quelques acteurs dominant l’infrastructure cloud et les modèles d’IA (ex. Amazon, Google).
- Opacité : algorithmes non audités produisant des décisions non expliquées (ex. systèmes de recommandation, score de crédit automatisé).
« Pas une révolution » : que signifie cette formulation ?
Dire que la technologie n’est pas une révolution, selon Whittaker, revient à insister sur le caractère amplificateur des inégalités et des pouvoirs existants plutôt qu’à célébrer un changement social autonome. Par exemple, les mêmes logiques de hiérarchie et de rente se retrouvent quand un algorithme optimise le rendement publicitaire ou quand une plateforme externalise des tâches humaines sans transformer les rapports de force entre employeurs et travailleurs.
Exemples concrets des effets amplificateurs
Les arguments se vérifient par des cas précis montrant comment l’IA renforce des dynamiques existantes :
- Cambridge Analytica : exploitation des données pour manipuler des opinions politiques.
- Surveillance des entrepôts : capteurs et algorithmes pour mesurer et pousser la productivité des employés (ex. pratiques chez certaines chaînes de distribution).
- Biais algorithmiques : outils de prédiction de récidive ou de recrutement reproduisant des discriminations (ex. critiques autour de COMPAS ou de certains CV-scanners).
Voies d’action et alternatives proposées
Pour contrer ces effets, Whittaker et d’autres experts plaident pour des réformes structurelles et des pratiques technologiques responsables. Parmi les mesures concrètes recommandées :
- Transparence et audits indépendants des algorithmes.
- Régulation encadrant la collecte et l’utilisation des données (inspirée notamment par les débats autour de l’AI Act en Europe).
- Promotion des outils chiffrés et des services publics numériques pour réduire la dépendance aux plateformes privées.
- Soutien à la recherche publique en IA et à des modèles coopératifs ou à but non lucratif.
Un rôle provocateur au service du débat public
En bousculant les narratifs dominants, la cofondatrice de l’AI Now joue un rôle essentiel : celui de rappeler que les technologies ne sont neutres ni dans leurs finalités ni dans leurs effets. Son positionnement, parfois qualifié d’irritant, contribue à nourrir un débat indispensable sur l’éthique, la gouvernance et la redistribution du pouvoir technologique — des enjeux concrets qui appellent des réponses politiques, industrielles et citoyennes.
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