Mesurer la santé des sols et le bien-être des agriculteurs

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1. Un choc géopolitique aux répercussions agricoles

La fermeture du détroit d’Ormuz constitue un risque majeur pour l’agriculture mondiale : en interrompant le transit pétrolier et les flux maritimes régionaux, elle peut provoquer une hausse brutale des coûts d’intrants, des retards logistiques et des ruptures d’approvisionnement. Par exemple, une perturbation prolongée pourrait rendre plus difficile l’acheminement d’engrais importés, à l’instar des tensions qui ont réduit la disponibilité des fertilisants après la crise russo-ukrainienne de 2022. Les conséquences directes incluent :

  • Hausse des prix du carburant et donc du coût du transport et du travail agricole.
  • Pénurie d’engrais ou retards de livraison entraînant des baisses de rendement.
  • Ruptures de marché pour les exportations et importations de produits périssables.

2. Les limites de la comptabilité agricole telle qu’elle existe

La comptabilité agricole traditionnelle enregistre recettes, charges et immobilisations, mais elle reste souvent aveugle aux pertes causées par des événements externes majeurs : destructions d’actifs, pertes de productivité ou préjudices liés à des chocs géopolitiques ne sont pas toujours comptabilisés comme des « dettes » formelles. Par exemple, un agriculteur qui perd des récoltes à cause d’un retard d’importation d’intrants voit une baisse de trésorerie mais pas nécessairement une reconnaissance comptable de la dette subie par le secteur. Ses limites se résument ainsi :

  • Absence de reconnaissance des destructions d’actifs immatériels ou naturels.
  • Visibilité réduite pour les décideurs publics et les créanciers sur l’ampleur des dommages.
  • Difficulté à mobiliser des compensations ciblées faute de bilan chiffré des pertes.

3. Transformer les destructions en dettes : l’idée centrale

La proposition de Louis Dumeaux consiste à transformer ces pertes en postes comptables explicites : inscrire les destructions provoquées (pertes de récolte, friches, infrastructures endommagées, ruptures d’approvisionnement) sous forme de dettes dans les comptes agricoles afin de matérialiser la créance. Concrètement, cela reviendrait à :

  • Valoriser une perte (ex. : tonnes d’engrais non livrées) en montant monétaire.
  • Inscrire ce montant comme passif du secteur ou d’un fonds spécifique.
  • Ouvrir la voie à des demandes de compensation, à la mobilisation d’aides publiques ou à la création d’obligations de réparation.

4. Mise en œuvre pratique et méthodologie

Pour être opérationnel, ce dispositif exigerait des méthodes standardisées d’évaluation, des expertises indépendantes et des instruments juridiques pour qualifier la responsabilité. Par exemple, pour une cargaison d’engrais bloquée pendant trois mois on pourrait calculer : valeur marchande au contrat, coût additionnel de substitution, perte de rendement estimée et coût de stockage détérioré. Les étapes clés seraient :

  • Audit indépendant pour chiffrer les pertes physiques et économiques.
  • Normes comptables pour intégrer ces postes en passif sectoriel.
  • Mécanismes de recouvrement (assurance, fonds souverain, poursuites) pour traduire la dette en compensation.

5. Bénéfices potentiels pour les agriculteurs et la gouvernance

Rendre les destructions visibles comptablement permettrait d’améliorer la transparence, d’affiner l’évaluation des risques et de faciliter l’accès à des mesures de soutien ciblées. Par exemple, un bilan sectoriel montrant une dette cumulée liée à un blocus permettrait d’argumenter en faveur d’un fonds d’aide dédié ou d’un programme d’investissement pour reconstruire la résilience. Les avantages attendus :

  • Meilleure allocation des aides publiques grâce à des montants chiffrés.
  • Renforcement de la solvabilité des exploitations via des dispositifs compensatoires.
  • Incitation à la prévention et à la diversification des approvisionnements.

6. Obstacles, risques et voies d’amélioration

La transformation proposée soulève des défis : établir la responsabilité des pertes, éviter le risque de moral hazard, arbitrer la répartition des dettes entre acteurs publics et privés, et assurer une évaluation fiable. Des solutions pragmatiques existent, par exemple lancer des projets pilotes régionaux, s’appuyer sur des instances internationales pour l’arbitrage, et coupler la démarche à des régimes d’assurance paramétrique. Points à surveiller :

  • Attribution difficile des pertes en contexte géopolitique.
  • Coût administratif et besoin d’experts pour le chiffrage.
  • Nécessité d’un cadre juridique pour l’exécution des compensations.

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