Mozambique : violences d’État, l’héritage sanglant du parti au pouvoir

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Une contestation qui continue de laisser des traces

Plus d’un an et demi après les élections générales d’octobre 2024, le Mozambique reste marqué par une crise politique profonde. La victoire écrasante du Frelimo, au pouvoir depuis l’indépendance, a déclenché des mois de manifestations, de tensions et de répression. Selon des organisations de la société civile, plus de 400 personnes ont perdu la vie lors de la réponse sécuritaire aux protestations. Dans ce climat, les voix de l’opposition et leurs soutiens continuent d’être surveillés, menacés et parfois attaqués.

Des militants visés dans un climat de peur

Le cas d’Amilcar Francisco illustre cette violence persistante. Ce militant du parti Anamola, fondé par l’opposant Venancio Mondlane, a été enlevé après le travail puis torturé par des hommes armés non identifiés. Selon son récit, ses agresseurs l’ont forcé à monter dans une voiture blanche, lui ont couvert la tête et l’ont emmené dans un terrain vague avant de lui briser les pieds avec des barres de fer. Il dit avoir entendu un message clair destiné aux opposants : « Vous allez tous finir comme ça ».

  • Enlèvement en pleine journée
  • Torture physique avec des barres de fer
  • Intimidation politique explicite

Les meurtres qui frappent le nouveau parti Anamola

La pression s’est encore accentuée à l’approche du premier congrès d’Anamola, prévu à Nampula du 20 au 22 juin. Deux cadres du mouvement ont été tués en mai 2025. Anselmo Vicente, coordinateur local à Chimoio, a été abattu devant son domicile après une réunion de cellule. Quelques jours plus tard, Pedro Chauke, militant dans la province de Gaza, a été tué chez lui. Des témoins ont décrit des tueurs « impitoyables et professionnels », renforçant l’idée d’une campagne de ciblage politique soigneusement orchestrée.

Pour Venancio Mondlane, ces attaques ne relèvent pas du hasard. Il accuse une partie des services de sécurité d’être impliquée dans les violences commises contre ses partisans. En mars 2025, il a déposé une plainte contre la police nationale pour des exactions visant ses militants, affirmant que des dizaines de personnes ont été tuées et des centaines agressées depuis la création du parti.

Arrestations massives et détentions arbitraires

La répression ne touche pas seulement les militants les plus visibles. Des figures plus discrètes de la contestation ont aussi été arrêtées. Alex Barga, éditeur et poète contestataire, raconte avoir passé neuf mois en détention sans procès. Arrêté en pleine vague de protestations, il dit avoir été interrogé sans avocat, puis torturé avant d’être placé dans une cellule insalubre. Son dossier a finalement été abandonné faute d’éléments solides.

  • Plus de 7 200 arrestations selon l’organisation Decide
  • 1 500 personnes encore emprisonnées
  • Usage fréquent de détentions sans procès

Une loi antiterroriste au cœur des inquiétudes

Les autorités s’appuient aussi sur une loi antiterroriste adoptée en 2018 puis renforcée en 2022. Ce texte permet une détention provisoire pouvant aller jusqu’à 16 mois sans inculpation, et prévoit de lourdes peines pour des infractions liées au terrorisme ou à la diffusion de fausses informations. Des chercheurs et défenseurs des droits humains estiment que ce cadre juridique est facilement utilisé pour criminaliser la contestation politique.

Selon Borges Nhamirre, de l’Institut des études de sécurité, les manifestations peuvent être rapidement assimilées à du terrorisme, ce qui expose les opposants à des arrestations prolongées. Pour les ONG, cette loi représente un danger sérieux pour les libertés publiques et l’équilibre démocratique du pays.

Un système accusé d’entretenir la violence d’État

Les critiques visent enfin le fonctionnement global des forces de sécurité. Des organisations de défense des droits humains accusent le Frelimo d’avoir placé plusieurs organes sécuritaires à son service, notamment la police d’enquête criminelle, l’unité d’intervention rapide et le groupe des opérations spéciales. La parole de Quiteria Quirengane, de l’Observatoire des femmes, résume cette inquiétude : après cinquante ans d’indépendance, l’héritage politique du pays serait toujours marqué par la violence d’État.

  • Enlèvements attribués à des hommes en civil ou en uniforme
  • Absence de réponse du Frelimo aux sollicitations du consortium
  • Score de 3,5/10 au classement de l’Economist Intelligence Unit, dans la catégorie des autocraties

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