Une nouvelle vague de licenciements dans l’empire média de Barry Diller
People Inc., le groupe de magazines contrôlé par Barry Diller, traverse une phase de réorganisation profonde. Cette fois, ce sont 195 postes qui sont supprimés, principalement dans les activités print et web historiques. Le message envoyé aux équipes par le directeur général Neil Vogel souligne une transformation rapide du paysage médiatique, qui oblige l’entreprise à ajuster sa structure et ses priorités. Derrière cette décision, il y a une réalité plus large : la presse grand public continue de subir la pression de la baisse des revenus publicitaires, de la mutation des usages numériques et de la dépendance aux plateformes technologiques.
Un groupe puissant, mais en pleine mutation
Anciennement connu sous le nom d’IAC, le groupe a adopté cette année l’identité People Inc. pour mettre en avant son titre phare. Son portefeuille rassemble des marques très connues comme People, InStyle, Food & Wine, Travel + Leisure, Southern Living et Entertainment Weekly. L’entreprise détient aussi des participations dans MGM Resorts et Turo. Selon son dernier rapport annuel, elle comptait 5 156 employés. Cette ampleur montre que les coupes actuelles ne touchent pas une petite structure, mais un acteur majeur de l’édition et du divertissement.
- 195 suppressions de postes ciblées sur les fonctions print et web
- 6 grandes marques média au cœur du portefeuille
- 5 156 salariés recensés dans le dernier dépôt financier
La stratégie de Neil Vogel : investir tout en réduisant les coûts
Dans sa note interne, Neil Vogel insiste sur une idée centrale : l’entreprise doit continuer à évoluer pour rester compétitive. Il affirme que les changements rapides du secteur exigent des ajustements constants et explique que People Inc. a renforcé ses investissements dans de nouveaux projets. La direction présente donc ces licenciements comme une étape de rééquilibrage, et non comme un simple recul. Selon Vogel, la majorité des personnes touchées provient des activités print et des sites web plus anciens, ce qui confirme une volonté de transférer les ressources vers des segments jugés plus prometteurs.
Le dirigeant ajoute que l’entreprise a déjà recruté 320 nouveaux employés cette année et qu’elle prévoit de poursuivre ses investissements en 2027. Cette logique illustre un paradoxe fréquent dans les médias contemporains : réduire certaines équipes tout en embauchant dans d’autres métiers, notamment les produits numériques, les données, l’abonnement et les offres premium.
Moins dépendre de Google, un objectif devenu stratégique
People Inc. cherche à diminuer sa dépendance au trafic venu de Google, longtemps vital pour les médias en ligne. Vogel a expliqué lors d’une conférence financière que le “risque Google” était désormais maîtrisé, précisant que la plateforme représentait environ 20 % de l’audience web du groupe. Cette évolution est importante, car de nombreux éditeurs ont souffert de changements d’algorithmes, de la montée de la recherche générative et de la concurrence des réseaux sociaux.
- Diversification des audiences pour réduire l’exposition aux plateformes
- Multiplication des revenus grâce aux abonnements et services additionnels
- Renforcement des marques fortes déjà installées dans le grand public
Le groupe revendique ainsi une base solide avec 11 millions d’abonnés papier sur l’ensemble de ses titres. Il prépare aussi des offres à valeur ajoutée comme People VIP et un club pour Southern Living, preuve que l’avenir passe de plus en plus par des communautés payantes et des expériences personnalisées.
Le rôle croissant de l’IA dans la production de contenu
Vogel a également décrit une nouvelle organisation éditoriale où l’intelligence artificielle intervient comme outil d’assistance. Selon lui, l’entreprise produit davantage de contenus que ses concurrents dans son secteur, mais ces contenus restent “faits par des personnes”. L’IA servirait surtout à accélérer certains processus : tri des informations, optimisation des flux de production, automatisation de tâches répétitives et soutien aux équipes éditoriales. Dans un groupe de presse de cette taille, cet usage peut changer la manière de travailler sans remplacer totalement le savoir-faire humain, en particulier pour les sujets de service, les guides de voyage, la cuisine ou les magazines de style de vie.
Cette approche reflète une tendance plus large dans les médias : intégrer l’IA pour gagner en productivité tout en préservant la valeur éditoriale des marques. Pour les lecteurs, cela peut se traduire par des contenus plus ciblés, des mises à jour plus rapides et des services enrichis autour des abonnements.
Une réorganisation liée à des objectifs financiers et à un contexte plus large
La restructuration annoncée en avril, lors du passage officiel de IAC à People Inc., visait déjà des économies annuelles de 40 millions de dollars. Les licenciements actuels s’inscrivent dans cette trajectoire. Ils montrent que la direction cherche à adapter le groupe à un marché où les marges sont fragiles et où la croissance dépend de la capacité à monétiser directement les audiences plutôt qu’à compter uniquement sur la publicité. Les investissements dans de nouveaux produits, les abonnements de niche et les offres membres apparaissent désormais comme les axes prioritaires.
Un dossier MGM Resorts désormais en retrait
Le même jour, un autre chapitre important s’est refermé : les discussions entre People Inc. et MGM Resorts semblent avoir pris fin. Barry Diller avait tenté plus tôt cette année une offre d’environ 18 milliards de dollars pour prendre le contrôle du groupe de casinos et d’hôtels. Il avait alors présenté ce secteur comme un pari “à l’épreuve de l’IA”, misant sur les expériences physiques, les resorts et les casinos. Mais ce projet n’a pas abouti. Le directeur général de MGM, Bill Hornbuckle, a confirmé que les échanges s’arrêtaient là, tandis qu’un nouvel accord de vote limite la possibilité pour People Inc. d’augmenter sa participation au-delà de 29,9 %.
Au final, cette séquence révèle deux réalités simultanées : d’un côté, un groupe média qui coupe dans ses coûts pour s’adapter à un environnement instable ; de l’autre, un investisseur historique qui continue de chercher des relais de croissance hors du seul univers de la presse. Entre médias, abonnements, IA et divertissement, People Inc. tente désormais de redessiner sa place dans un écosystème beaucoup plus compétitif qu’auparavant.
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