
Un pouvoir renforcé pour répondre à l’urgence sécuritaire
Au Pérou, le Parlement a adopté, mercredi 21 octobre 2026, une loi qui accorde à la présidente Keiko Fujimori des pouvoirs législatifs exceptionnels pendant 90 jours. L’objectif affiché est clair : agir vite sur la sécurité et sur la préparation face au phénomène climatique El Niño. Dans un pays secoué par une montée de la violence, cette décision marque un tournant politique majeur, car elle permet à l’exécutif d’écrire des textes sans passer systématiquement par les députés.
Une présidente sous pression face à la criminalité
Depuis son arrivée au pouvoir à la fin du mois de juillet, Keiko Fujimori promettait de rétablir l’ordre, mais la réalité s’est imposée avec brutalité. Les Péruviens ont été confrontés à une succession de crimes violents qui ont nourri un fort sentiment d’insécurité. Selon les données évoquées dans le pays, les homicides ont plus que doublé entre 2018 et 2025, pour atteindre environ 2 600 cas. Cette spirale alimente l’impatience de la population et fragilise la présidente, héritière politique de l’ancien dirigeant Alberto Fujimori.
Ce que cette loi change concrètement
Le texte voté par les parlementaires ne donne pas un blanc-seing total à la cheffe de l’État, mais il lui ouvre un espace d’action plus large. Elle pourra, par exemple, proposer rapidement des mesures sur la réforme des prisons ou sur l’usage de la force par les policiers. Cette capacité à légiférer sans passer par les circuits parlementaires habituels doit accélérer la réponse publique dans les domaines jugés prioritaires. Le gouvernement espère ainsi envoyer un signal fort à une opinion publique lassée par l’inefficacité perçue des institutions.
- Durée du mandat exceptionnel : 90 jours
- Domaines concernés : sécurité intérieure et gestion d’El Niño
- Mesures possibles : réformes pénitentiaires, cadre d’action de la police
- Objectif politique : rétablir la confiance et contenir la crise
Une victoire politique, mais loin d’être totale
Si la présidente obtient un avantage institutionnel, elle n’a pas reçu tout ce qu’elle réclamait. Elle souhaitait initialement disposer du droit de légiférer pendant 120 jours, sans condition. Les députés ont finalement imposé des limites, réduisant la portée de ce mandat spécial. Ce compromis illustre la difficulté de Keiko Fujimori à imposer son agenda dans un système où le soutien parlementaire reste fragmenté. En pratique, elle gagne du temps, mais pas une liberté absolue d’action.
Un rapport de force politique toujours fragile
Cette situation rappelle à la présidente les obstacles qu’elle a elle-même imposés à plusieurs de ses prédécesseurs lorsqu’elle siégeait dans l’opposition. Pendant des années, elle a souvent compliqué la tâche des gouvernements successifs. Aujourd’hui, elle découvre à son tour combien il est difficile de gouverner avec une assemblée qui n’est pas entièrement alignée sur ses priorités. Le vote du Parlement ressemble donc à une aide encadrée plutôt qu’à un chèque en blanc.
- Point fort : un levier pour agir plus vite
- Point faible : des marges limitées par les amendements parlementaires
- Défi immédiat : produire des résultats visibles sur la sécurité
- Enjeu de fond : restaurer la crédibilité du pouvoir exécutif
El Niño et la sécurité, deux urgences qui se croisent
Le choix du Parlement ne concerne pas seulement la criminalité. La référence à El Niño montre que le pays doit aussi se préparer à des perturbations climatiques susceptibles d’aggraver les vulnérabilités sociales et économiques. Dans un pays déjà fragilisé par l’insécurité, les tensions institutionnelles et les inégalités, la gestion des risques climatiques devient un test supplémentaire pour le gouvernement. La présidente devra désormais démontrer que cette fenêtre de 90 jours produit des mesures tangibles, visibles dans la vie quotidienne des Péruviens.
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