
Un procès sous haute tension
Le quatrième jour du procès de Roger Lumbala, jugé à Paris pour complicité de crimes contre l’humanité, s’est tenu le 17 novembre. L’accusé a choisi de ne pas se présenter, contestant la validité de la procédure et remettant en cause la notion de compétence universelle qui permet à la France de juger des faits commis à l’étranger. En parallèle, des associations congolaises sont venues témoigner, apportant des éléments vécus et des craintes quant à leur sécurité et à celle des victimes qu’elles représentent.
Preuves et enregistrements révélateurs
Au cœur de l’audience figurait une écoute téléphonique versée au dossier lors de l’instruction, qui illustre les pressions exercées depuis la République démocratique du Congo. Il s’agit d’un échange entre un ancien détenu français et Roger Lumbala, rencontré en prison. Dans cet enregistrement, Lumbala invite clairement à s’en prendre à l’association Justice Plus, très active dans la recherche de témoins. Cet exemple montre comment des menaces peuvent entraver le travail des témoins et des ONG, et il a servi à établir un contexte d’intimidation.
La voix des associations congolaises
Plusieurs associations locales ont pris la parole à la barre pour décrire les pressions subies. Parmi elles :
- Justice Plus : représentée par son directeur exécutif, Xavier Macky, qui a dénoncé des méthodes d’intimidation tout en restant prudent sur les détails factuels.
- Le Club des amis du droit du Congo : qui regrette que la justice n’ait pas pu être rendue en RDC et souligne l’impunité persistante des crimes commis en 2002.
Ces témoignages mettent en lumière le travail de collecte de témoignages et les risques encourus par les militants sur place.
Questions pratiques et financements des témoins
Interrogé sur l’éventuel paiement de témoins, Xavier Macky a précisé que les associations n’avaient pris en charge que les frais de déplacement, notamment pour des trajets d’environ une centaine de kilomètres (de Mambasa à Epulu). Ce point illustre la difficulté logistique et financière à mobiliser et protéger des témoins dans des zones éloignées, ainsi que la nécessité de mesures de soutien adaptées :
- Prise en charge des transports et de l’hébergement
- Protection physique et dispositifs de sécurité
- Soutien psychologique aux victimes
Les enjeux juridiques et géopolitiques
Le refus de Lumbala de comparaître soulève des questions juridiques importantes : la portée de la compétence universelle, la légitimité des juridictions étrangères pour juger des crimes commis en RDC, et l’efficacité des procédures pénales transnationales. Par ailleurs, le procès a une dimension géopolitique : il met en lumière l’absence de poursuites locales et la frustration des organisations congolaises face à l’impunité persistante depuis 2002. Exemples concrets :
- Des crimes documentés mais non poursuivis en RDC
- Des ONG locales contraintes à la discrétion pour protéger leurs sources
- Le recours aux juridictions étrangères pour obtenir réparation
Conséquences pour les victimes et perspectives
Les auditions ont rappelé l’importance de protéger les victimes et les témoins pour garantir un procès équitable et la vérité historique. Les témoignages des associations montrent que, sans mesures de protection renforcées et sans accompagnement logistique et psychologique, la participation des victimes reste fragile. Pour avancer, plusieurs pistes sont évoquées :
- Renforcement des dispositifs de sécurité pour les témoins
- Coopération internationale accrue entre magistratures
- Soutien pérenne aux associations locales impliquées dans la recherche de témoins
Ces orientations visent à traduire en actes la volonté de rendre justice, tout en protégeant ceux qui acceptent de témoigner contre l’impunité.
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