
Un procès historique s’ouvre à Banjul
Le 15 janvier 2026, la Haute Cour de Banjul a vu s’ouvrir un procès sans précédent en Gambie : celui de Sanna Manjang, ancien membre des redoutés escadrons de la mort sous Yahya Jammeh. L’audience marque une étape importante dans la recherche de responsabilité pour les violences commises pendant la dictature. Le principal enjeu porte sur des accusations de meurtres présumés, dont des actes d’une extrême cruauté, et sur la possibilité d’élargir les poursuites à d’autres victimes lors des prochaines audiences.
Les chefs d’accusation et les faits reprochés
Manjang a plaidé non coupable de deux chefs d’accusation de meurtre présentés lors de l’ouverture du procès ; d’autres inculpations prononcées en décembre restent évoquées mais n’ont pas été traitées immédiatement par le tribunal. Les faits détaillés par l’accusation comprennent :
- Le meurtre de Kajali Jammeh, soupçonné d’appartenance au MFDC : la plainte évoque une tranche de gorge au couteau et une préméditation.
- Le meurtre de Samba Wurry : l’accusation affirme qu’il a été poignardé à la poitrine.
- Des témoignages antérieurs, dont devant la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), mentionnent même des actes de décapitation attribués à Manjang.
Contexte : les « Junglers » et le régime Jammeh
Les actes reprochés s’inscrivent dans le cadre des opérations des « Junglers », groupe para‑militaire chargé d’écraser toute opposition durant la présidence de Yahya Jammeh (1994–2017). Points clés :
- Rôle des Junglers : intimidation systématique, enlèvements, tortures et exécutions ciblées.
- Répression institutionnelle : les Junglers opéraient souvent avec la bénédiction ou l’impunité offerte par les plus hauts responsables.
- Conséquences : un climat de peur durable et des demandes de réparation nationale et internationale.
Arrestation et transfèrement
Sanna Manjang a été arrêté fin novembre au Sénégal lors d’une opération conjointe entre forces sénégalaises et gambiennes, puis transféré en Gambie pour y être détenu et jugé. Ce transfert illustre la coopération régionale dans la lutte contre l’impunité et souligne :
- La coordination sécuritaire entre États voisins.
- La volonté des autorités gambiennes de poursuivre des anciens acteurs du régime.
- Les enjeux juridiques liés aux extraditions et à la collecte de preuves transfrontalières.
Procédures complémentaires et victimes emblématiques
Le dossier de Manjang est susceptible de s’étoffer : la prochaine audience est fixée au 9 février et pourrait introduire d’autres chefs d’accusation de meurtres. Parmi les affaires déjà évoquées figurent des cas à haute portée symbolique, notamment le meurtre du journaliste Deyda Hydara (correspondant de longue date de l’AFP), pour lequel des inculpations ont été prononcées antérieurement. Conséquences pratiques :
- Possibilité d’élargissement des poursuites à d’autres victimes identifiées par la TRRC.
- Usage des témoignages recueillis par la Commission vérité comme éléments d’accusation.
- Importance des preuves matérielles et des récits de témoins pour établir la chaîne de responsabilité.
Enjeux juridiques, politiques et mémoriels
Ce procès dépasse le cas individuel : il interroge la capacité de la Gambie à rendre justice et à réparer les torts d’une période marquée par la violence d’État. Les enjeux incluent :
- Justice transitionnelle : reconnaître les victimes, sanctionner les coupables et prévenir la répétition.
- Responsabilité internationale : coopération judiciaire avec des pays ayant déjà jugé ou arrêté d’anciens complices (Allemagne, Suisse, États-Unis).
- Mémoire nationale : les procès contribuent à établir un récit officiel et à aider les familles des victimes à obtenir réparation.
Ce procès, surveillé de près au plan national et régional, pourrait également servir de précédent pour d’autres poursuites visant des acteurs de l’ère Jammeh et façonner les mécanismes de justice en Gambie pour les années à venir.
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