
Un procès très attendu à Bamako
Au Mali, la troisième journée d’audience du procès de la « tentative de complot contre le gouvernement » a retenu l’attention, ce jeudi 15 juillet, devant la cour d’appel de Bamako. Six co-accusés, tous liés à l’ancien président de transition Bah N’Daw, sont au cœur d’une affaire née dans le contexte politique explosif des coups de force militaires de 2020 et 2021. Le dossier repose sur des accusations particulièrement lourdes, mêlant séquestration, torture, détournements de fonds et soupçons de manœuvres pour prolonger la transition au pouvoir.
Bah N’Daw, un président de transition vite écarté
Pour comprendre cette affaire, il faut revenir à l’après-coup d’État d’août 2020. Bah N’Daw, nommé président de transition par les militaires eux-mêmes, avait été choisi pour incarner une sortie de crise. Mais sa présence à la tête de l’État s’est vite heurtée aux intérêts de ceux qui l’avaient installé. Selon les éléments évoqués à l’audience, il aurait voulu écarter certains militaires du gouvernement, ce qui a précipité sa chute en mai 2021. Cette rupture alimente aujourd’hui les débats judiciaires autour d’une possible volonté de contrôle total du pouvoir par les militaires.
Les points clés de cette séquence politique
- Août 2020 : coup d’État militaire au Mali.
- Bah N’Daw est nommé président de transition.
- Mai 2021 : il est renversé par les mêmes militaires.
- Le dossier judiciaire porte sur des soupçons de complot et de pression politique.
Kassoum Goïta dénonce des détournements de fonds
À la barre, le colonel Kassoum Goïta, ancien chef de la Sécurité d’État, a livré une défense offensive. Selon ses déclarations rapportées par les sources judiciaires, il affirme que les militaires au pouvoir auraient détourné des fonds publics hérités de l’ère IBK — c’est-à-dire de Ibrahim Boubacar Keïta, renversé en 2020 — en les transférant vers des comptes offshore via le ministre de l’Économie Alousséni Sanou. Alerté, Bah N’Daw aurait exigé la restitution de ces sommes, sans effet. Aucun montant n’a été avancé, mais l’accusation ajoute une dimension financière sensible à un dossier déjà très politique.
Ce que l’accusation sous-entend
- Des fonds publics auraient été déplacés hors du pays.
- Le circuit évoqué passerait par des structures offshore.
- Bah N’Daw aurait tenté d’obtenir leur retour.
- Aucun chiffre précis n’a été communiqué au tribunal.
Une transition accusée de vouloir durer
Le colonel Kassoum Goïta affirme également avoir eu connaissance d’un plan des militaires pour rester au pouvoir bien au-delà des engagements initiaux. D’après sa version, Bah N’Daw aurait été informé de cette stratégie mais l’aurait refusée. Cette lecture rejoint une critique récurrente au Mali : la transition, présentée au départ comme temporaire, s’est installée dans la durée. Près de six années après les événements initiaux, la question du calendrier politique demeure centrale pour les observateurs et pour une partie de la population.
Pourquoi ce point est sensible
- La transition devait être provisoire.
- Le maintien au pouvoir des militaires est perçu comme un enjeu majeur.
- La prolongation de la transition nourrit les tensions institutionnelles.
- Le procès met en lumière les limites de la rupture politique annoncée.
Tortures, enlèvements et accusations de violences
Le dossier judiciaire est aussi marqué par de graves allégations de tortures et de violences en détention. Kassoum Goïta a évoqué les mauvais traitements subis, malgré les interruptions du procureur général. Plus directement encore, l’opérateur économique Sandi Ahmed Saloum, l’un des six co-accusés, a décrit les sévices infligés, y compris des atteintes à son intégrité physique. Des photographies ont été jointes au dossier, renforçant la gravité des faits allégués. Ces éléments donnent au procès une portée qui dépasse la seule question du complot politique.
Les faits évoqués devant la cour
- Enlèvements présumés.
- Détentions illégales signalées par la défense.
- Signatures forcées de procès-verbaux sans avocat.
- Tortures et sévices décrits par plusieurs accusés.
La défense conteste, mais la procédure tient bon
Dès le premier jour d’audience, les avocats de la défense avaient demandé la nullité des poursuites en invoquant les graves vices de procédure, les aveux supposés obtenus sous la contrainte et l’absence d’assistance juridique lors de certains actes. La cour a rejeté cette requête, tout comme l’application de la loi d’amnistie votée en septembre 2021, qui protège les auteurs des coups d’État d’août 2020 et de mai 2021. Ce refus montre que la justice entend poursuivre l’examen du dossier malgré le contexte politique particulièrement sensible.
La suite du procès et les zones d’ombre restantes
Ce jeudi, l’ancien secrétaire général de la présidence Kalilou Doumbia, qui avait annoncé à la télévision en mai 2021 la composition de l’éphémère nouveau gouvernement, doit être entendu à son tour. Ensuite viendront les plaidoiries de la défense, du ministère public et du contentieux de l’État. Un élément reste toutefois troublant : le seul témoin à charge, un militaire, est absent depuis le début du procès. La cour dispose néanmoins des moyens de le faire comparaître si elle le décide, ce qui pourrait encore influencer la lecture judiciaire de cette affaire complexe.
Les éléments encore déterminants
- Audition de Kalilou Doumbia.
- Interventions finales des avocats des différentes parties.
- Absence persistante du témoin principal.
- Possibilité pour la cour d’ordonner sa comparution forcée.
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