
Qusra, village sous pression en Cisjordanie occupée
Dans le village palestinien de Qusra, au nord de Jérusalem, une situation de siège dure depuis plusieurs jours et symbolise l’extrême tension qui traverse la Cisjordanie occupée. Des familles palestiniennes se retrouvent enfermées dans leurs maisons tandis que des colons extrémistes occupent les abords du village, sous le regard de soldats israéliens présents sur place. Selon les témoignages recueillis, les habitants vivent dans la peur, privés de liberté de mouvement et exposés à des provocations nocturnes répétées.
- Lieu : Qusra, au nord de Jérusalem
- Situation : plusieurs maisons encerclées par des colons
- Durée : plus d’une semaine
- Constat : absence d’intervention décisive de l’armée sur place
Une famille piégée derrière ses murs
Une Palestinienne de Qusra, bloquée dans sa maison avec deux autres membres de sa famille, raconte ne plus pouvoir sortir depuis une semaine. Dans le logement voisin, plusieurs proches, dont de jeunes enfants, sont eux aussi coincés. Les vidéos qu’elle a transmises montrent de jeunes hommes et des adolescents circulant sur les collines autour du village. « La nuit, on les entend crier et chanter », explique-t-elle, décrivant un climat d’intimidation constant. Cette réclusion forcée transforme la vie quotidienne en épreuve, entre inquiétude pour les enfants et peur d’une escalade violente.
Les conséquences sont concrètes et immédiates :
- interruption de la circulation entre les maisons concernées et le reste du village ;
- stress permanent pour les familles enfermées ;
- surveillance visuelle des abords depuis les fenêtres ;
- impossibilité de mener une vie normale, d’aller acheter des vivres ou de rejoindre des proches.
Eau, électricité et ravitaillement coupés
Les maisons assiégées ne disposent plus de l’eau courante ni de l’électricité, à l’exception de quelques heures de courant fournies par des panneaux solaires. Le ravitaillement a été limité et chaque aide devient un événement. Vendredi 14 août, des militants israéliens opposés à la colonisation ont tenté d’apporter de l’assistance, mais ils ont été aussitôt refoulés par l’armée. La situation illustre une vulnérabilité extrême : sans eau, sans énergie et avec un accès restreint à la nourriture, les familles vivent dans des conditions proches d’un confinement forcé.
Parmi les éléments les plus marquants :
- rupture des services essentiels dans les habitations ciblées ;
- accès limité à l’aide extérieure ;
- dépendance aux panneaux solaires pour quelques heures d’électricité ;
- retard dans la réactivation de l’eau, malgré des promesses données sur place.
Des colons venus d’avant-postes controversés
Selon la Palestinienne interrogée, les assiégeants proviendraient de la colonie voisine d’Esh Kodesh, un avant-poste considéré comme illégal par les autorités israéliennes elles-mêmes. D’autres sources évoquent aussi Tel Talpiot, un autre secteur où opèrent de nombreux « jeunes des collines », une mouvance radicale connue pour ses attaques contre des Palestiniens, leurs maisons et leurs terres agricoles. Ces avant-postes s’inscrivent dans une dynamique plus large d’expansion coloniale en Cisjordanie, régulièrement dénoncée par les organisations internationales.
Quelques repères permettent de mieux comprendre le contexte :
- Esh Kodesh : avant-poste proche de Qusra, contesté jusque dans le droit israélien ;
- Tel Talpiot : zone associée à des groupes de jeunes colons radicaux ;
- Jeunes des collines : mouvance ultranationaliste réputée pour ses violences ;
- Illégalité : au regard du droit international, les colonies en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est sont illégales.
Une réaction rare de Washington
Les événements de Qusra ont suscité une prise de position inhabituelle de l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee. Sur le réseau social X, il a condamné des « actions répugnantes » visant à intimider et harceler la famille palestinienne. Ses mots ont surpris, car cet ambassadeur est habituellement perçu comme un soutien affirmé des colonies israéliennes en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967. Il a insisté sur le fait qu’« aucun prétexte ne justifie ce comportement de voyous », marquant ainsi une rupture de ton inhabituelle.
Cette réaction est remarquable pour plusieurs raisons :
- un changement de registre dans le discours d’un diplomate habituellement favorable aux colonies ;
- une condamnation explicite d’actes d’intimidation envers des civils palestiniens ;
- un signal politique adressé aux acteurs israéliens les plus radicaux ;
- une reconnaissance publique de la gravité de la situation à Qusra.
En Israël aussi, des critiques montent
La crise ne suscite pas seulement des réactions à l’étranger. En Israël, le député Ofer Cassif, seul élu juif du parti arabe Hadash, s’est rendu à Qusra pour apporter des vivres et du matériel aux familles palestiniennes. Il décrit des maisons devenues des « prisons » et accuse les forces d’occupation de laisser les colons agir sans les arrêter. Il raconte avoir apporté un tuyau pour reconnecter l’eau, sans obtenir d’autorisation immédiate malgré une promesse d’un officier sur place. Son propos va plus loin et met en cause non seulement les colons, mais aussi l’attitude de l’État.
Cette affaire entre aussi dans le débat politique israélien :
- Ofer Cassif dénonce l’inaction des forces israéliennes ;
- Gadi Eisenkot, rival de Benjamin Netanyahu, évoque la « faillite » du gouvernement ;
- la campagne législative d’octobre en Israël est influencée par ces violences ;
- Qusra devient un symbole de la crise de gouvernance et de sécurité dans les territoires occupés.
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