RDC : la Commission électorale veut enfin stopper la fraude

Date:

Le nœud arithmétique : une règle mal comprise

En RDC, une règle de calcul électoral, la représentation proportionnelle au plus fort reste, promettait d’assurer l’inclusion des minorités mais a produit des effets inattendus : prolifération de micro-partis et distortion des résultats réels. Cette règle attribue des sièges résiduels en fonction du reste de voix non converti après répartition initiale, une mécanique qui, en pratique, se traduit souvent par une répartition perçue comme injuste.

Comment fonctionne la règle (et pourquoi elle pose problème)

Le mécanisme est simple sur le papier mais problématique en opération : après répartition proportionnelle, les sièges non pourvus sont donnés aux partis avec le plus grand reste de voix. Exemple précis : dans une circonscription à deux sièges, un parti A obtient 80 % des voix et un parti B 20 % ; paradoxalement, chacun peut finir avec un siège si les restes le permettent. Points clés :

  • résidu = voix non converties
  • attribution au plus grand reste en valeur absolue
  • conséquence = égalité de représentation possible entre dominant et marginal

La stratégie des mosaïques : fragmentation contrôlée

Les acteurs politiques ont appris à tirer parti de cette règle en créant des partis satellites, ou « mosaïques », pour capter les restes. Exemple : le parti présidentiel UDPS et ses adversaires ont multiplié les listes parallèles pour maximiser les sièges issus des restes, tandis que les véritables petits partis, sans ressources pour ce montage, se retrouvent marginalisés. Conséquences observées :

  • multiplication de groupuscules sans assise réelle
  • difficulté à forger des coalitions stables
  • instabilité institutionnelle, selon la Céni

La solution proposée : basculer vers la plus forte moyenne

La Céni propose de remplacer le système actuel par la règle de la plus forte moyenne (méthode qui avantage structurellement les formations plus larges). Exemple d’effet : dans la même circonscription à deux sièges, un parti à 80 % remporterait les deux sièges, corrigeant l’anomalie précédente. La commission suggère aussi d’encourager l’inclusion via la composition des listes plutôt que par le calcul arithmétique ; elle cite la Namibie où les partis dominants intègrent des représentants de minorités dans leurs listes. Avantages et limites :

  • Avantage : réduction des micro-partis profiteurs
  • Limite : risque d’appauvrir la représentation politique si l’inclusion n’est pas garantie
  • Mesure complémentaire : quotas ou intégration proactive de minorités sur les listes

Quatre chantiers complémentaires

Le rapport identifie quatre autres problèmes précis et propose des corrections pratiques :

  • Vote des Congolais de l’étranger – en 2023 seuls les résidents permanents dans cinq pays pouvaient s’enrôler ; la Céni veut élargir ce droit pour éviter l’exclusion des compatriotes en séjour temporaire.
  • Déplacés internes – des millions fuyant l’est n’ont pas de procédure claire pour voter ; la commission juge l’absence de texte incompatibile avec l’inclusivité.
  • Représentation féminine – malgré l’exonération de caution pour les femmes, certaines listes en ont abusé et les femmes ne représentent que 12 % des élus ; la Céni propose de revoir le dispositif pour garantir une présence effective.
  • Cumul des candidatures – aujourd’hui possible et parfois utilisé pour transférer des sièges aux proches (épouses, enfants) ; la Céni veut interdire ces pratiques pour restaurer la transparence.

Politique, calendrier et enjeux pour 2028

Techniquement, ces réformes n’exigent pas de révision constitutionnelle : une majorité simple au Parlement suffit, ce qui transforme une proposition technique en enjeu politique. Effets probables :

  • avantage net pour la majorité au pouvoir (notamment l’UDPS)
  • disparition programmée de centaines de petites formations dépendantes du système actuel
  • les élections nationales ne sont pas prévues avant 2028, mais la décision parlementaire interviendra d’ici là et déterminera la composition future du paysage politique

En savoir plus sur L'ABESTIT

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Share post:

Popular

More like this
Related

En Guyane, le plan Orsec sécheresse déclenché face à El Niño

Le déficit pluviométrique dans cette collectivité d’outre-mer a entraîné une forte baisse du niveau des cours d’eau et l’interruption progressive du trafic fluvial....

Washington réduit son personnel à Riyad après attaques en Arabie

Les autorités saoudiennes ont annoncé la mort de trois personnes dans une attaque contre l’aéroport international à Dammam, dans l’est du pays. Des explosions ont, par ailleurs, été signalées près du détroit d’Ormuz....

Encadrement des loyers prolongé deux ans, le Sénat limite la réforme

Les sénateurs ont adopté par 325 voix contre 17 une proposition de loi socialiste reconduisant pour deux ans le dispositif dans les 71 villes qui l’expérimentent déjà. Mais il ne sera pas étendu ni renforcé. Le texte devrait revenir à l’Assemblée nationale avant la date butoir du 24 novembre....

Hérault : un ex-gendarme porte plainte pour harcèlement et violences

Dans l'Info d'ici ce lundi, le témoignage fort d'un ancien gendarme de Lodève (Hérault). Il accuse sa hiérarchie de harcèlement et de violences. Il a porté plainte contre deux de ses supérieurs, la procédure est en cours. Nous l'avons rencontré....