RDC : l’Église catholique alerte, changer la Constitution aggraverait l’insécurité

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La Cenco alerte : un choix risqué

La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a pris une position claire et publique contre une modification précipitée de la Constitution en République démocratique du Congo (RDC), un avertissement porté notamment par Monseigneur Donatien Nshole. Interrogé par le journaliste Pascal Mulegwa, il a insisté sur le fait que, même si la révision constitutionnelle peut être légale dans certains cadres, la lancer dans le contexte actuel reviendrait à « aggraver la crise ». Cette prise de position vise à préserver la paix sociale et à éviter une maladresse politique susceptible d’alimenter des tensions.

Les inquiétudes principales derrière l’avertissement

La Cenco identifie plusieurs risques majeurs liés à une révision perçue comme motivée par un intérêt de maintien au pouvoir :

  • déstabilisation du fragile ordre public ;
  • utilisation de la réforme comme prétexte à répression politique ;
  • affaiblissement de la confiance dans les institutions ;
  • polarisation accrue entre acteurs politiques et communautés.

Par exemple, une révision interprétée comme permettant un mandat supplémentaire pour le chef de l’État pourrait déclencher des mobilisations et des répressions ciblées, comme l’arrestation de manifestants observée le 24 mars à Kinshasa.

Un contexte sécuritaire déjà dégradé

Les évêques rappellent que la priorité aujourd’hui est la sécurité : les violences dans l’est du pays, la multiplication des groupes armés et les déplacements de population pèsent lourdement sur la stabilité nationale. Exemples concrets : la présence persistante de groupes comme le M23 ou les attaques attribuées à l’ADF contribuent à une crise humanitaire et sécuritaire qui rend toute réforme constitutionnelle sensible. Dans ce contexte, la Cenco estime qu’ouvrir le débat constitutionnel risque d’« envenimer » une situation déjà explosible.

Regarder les précédents africains pour mieux comprendre

Plusieurs pays africains offrent des enseignements sur les conséquences d’une modification des règles du jeu constitutionnel :

  • Le cas du Référendum rwandais de 2015 a permis une continuité au pouvoir et a suscité débats et critiques sur la légitimité démocratique ;
  • En RDC, les tensions autour du maintien au pouvoir de l’exécutif en 2016–2018 ont alimenté méfiance et protestations ;
  • Des modifications ou suppressions de limites (exemples en Ouganda et ailleurs) ont souvent provoqué une polarisation politique durable.

Ces exemples montrent qu’une réforme, même formellement légale, peut avoir des effets politiques et sociaux profonds si elle est perçue comme un moyen de concentration du pouvoir.

Alternatives et recommandations portées par l’Église

La Cenco propose de recentrer le débat sur le bien-être et la paix plutôt que sur des enjeux de pouvoir :

  • prioriser la lutte contre l’insécurité et la protection des civils ;
  • mettre en œuvre un pacte social centré sur le dialogue inclusif et la justice sociale ;
  • éviter de confondre ce pacte avec un dialogue visant au simple partage du pouvoir ;
  • renforcer les institutions électorales et judiciaires avant d’envisager toute révision.

Par exemple, au lieu d’une révision précipitée, les évêques recommandent des mesures concrètes pour améliorer la sécurité et la gouvernance locale, conditionnant toute réforme future à un large consensus national.

Scénarios possibles et rôle de la société civile

Face à l’enjeu, trois scénarios se dessinent : 1) une tentative de réforme menée rapidement qui alimente tensions et protestations ; 2) un report ou un abandon de la réforme pour concentrer les efforts sur la sécurité et la reconstruction sociale ; 3) une réforme négociée, progressive et conditionnée à des garanties institutionnelles et à une large consultation. Dans tous les cas, le rôle de la société civile, des médias, de l’Église et des acteurs internationaux sera déterminant pour exiger transparence et responsabilité. Exemples d’actions possibles : missions d’observation, plateformes de dialogue multipartite, initiatives locales de médiation pour prévenir l’escalade.


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