Un recul notable des participations aux grands congrès scientifiques
La fréquentation de plusieurs des plus grands congrès scientifiques organisés aux États-Unis a diminué en 2025 par rapport à 2024, et des baisses sont également attendues pour 2026. Ces changements résultent d’un ensemble de facteurs — logistiques, politiques et culturels — qui poussent certains chercheurs à limiter leurs déplacements vers les États‑Unis. Par exemple, la conférence annuelle de l’American Geophysical Union (AGU) a enregistré moins d’inscrits en 2025 qu’en 2024, avec une fréquentation sensiblement moindre dans les halls d’expositions et de posters.
Des réponses organisées : alternatives et détachements
Face à ces obstacles, des organisateurs ont mis en place des solutions pour maintenir la coopération internationale. Des événements parallèles ou alternatifs ont vu le jour pour offrir des « maisons » scientifiques à ceux qui se sentent exclus :
- NeurIPS a organisé sa réunion principale à San Diego et, pour la première fois, une deuxième localisation à Mexico City.
- Un groupe européen a lancé EurIPS à Copenhague comme spinoff de la conférence IA, afin d’accueillir des participant·e·s ne pouvant ou ne souhaitant pas se rendre aux États‑Unis.
Ces initiatives visent à préserver l’échange scientifique en créant des formats géographiquement et politiquement plus accessibles.
Chiffres et variations : exemples précis
Les données disponibles montrent des diminutions concrètes, parfois modestes mais significatives pour la dynamique des congrès :
- Society for Neuroscience : fréquentation en baisse de 6 %, passant de 22 359 participants en 2024 à 21 093 en 2025 ; le nombre de pays représentés est passé de 88 à 73.
- AGU : plus de 30 000 personnes en 2024 contre un peu plus de 20 000 inscrits signalés à la même période en 2025.
- Pacifichem à Honolulu : environ 11 000 inscriptions en 2025, mais avec une baisse notable de participants en provenance du Canada.
Ces exemples montrent que l’impact varie selon les disciplines et les congrès.
Politiques d’entrée et autres barrières
Plusieurs mesures prises par l’administration américaine ont eu un effet dissuasif ou restrictif sur les voyages :
- renforcement du contrôle aux frontières et refus d’entrée pour certain·e·s voyageur·se·s ;
- interdictions ou restrictions pour les citoyen·ne·s de 19 pays pour des raisons de « sécurité nationale » ;
- proposition de requérir les cinq dernières années de publications sur les réseaux sociaux pour les visiteurs de dizaines de pays.
Ces politiques, combinées à des tensions commerciales (par exemple des taxes et déclarations politiques vis‑à‑vis du Canada), réduisent la volonté ou la capacité de nombreuses équipes internationales à participer.
Considérations de sécurité et climat social
Au‑delà des formalités administratives, des facteurs liés au climat sociopolitique influencent les décisions de déplacement : la perception d’un environnement hostile pour les minorités ou les personnes trans et non binaires a dissuadé certain·e·s scientifiques. Exemple précis :
- Une chercheuse invitée à Pacifichem a choisi de ne pas voyager aux États‑Unis pour des raisons de sécurité personnelle liées aux déclarations officielles sur le genre, organisant sa contribution à distance plutôt que d’assister en personne.
Ces éléments montrent que la sécurité perçue et le respect des identités sont devenus des critères déterminants pour la participation aux congrès.
Conséquences et perspectives pour la communauté scientifique
La baisse de fréquentation et l’émergence d’alternatives génèrent plusieurs effets concrets et leviers d’action :
- Décentralisation des rendez‑vous scientifiques, avec davantage d’événements régionaux ou hybrides ;
- Renforcement du format virtuel ou multi‑sites pour maintenir l’inclusion internationale ;
- Pression sur les organisateurs pour qu’ils garantissent des environnements sûrs et accessibles ;
- Réévaluation des politiques de voyage institutionnelles et des financements pour soutenir la mobilité scientifique.
Exemples pratiques : la tenue d’un NeurIPS simultané à Mexico City a permis à des chercheur·se·s latino‑américain·e·s d’y participer plus facilement ; EurIPS a offert un cadre alternatif pour les chercheur·se·s européens se sentant exclu·e·s. Ces adaptations suggèrent que la communauté scientifique s’organise pour préserver l’échange et la collaboration malgré les contraintes.
En savoir plus sur L'ABESTIT
Subscribe to get the latest posts sent to your email.



