
Une condamnation qui marque l’histoire judiciaire sénégalaise
Au Sénégal, une décision de justice a retenu l’attention bien au-delà de Touba. Un maître coranique issu d’une lignée maraboutique reconnue a été condamné à 20 ans de prison pour des violences sexuelles commises sur des élèves d’une école coranique. Cette affaire, jugée à Dakar, est perçue comme un tournant majeur dans un pays où le viol n’a été criminalisé qu’en 2020. Elle interroge à la fois la protection des enfants, le poids des autorités religieuses et la capacité de la justice à traiter des faits longtemps tus.
Le déclenchement d’une affaire révélée par le courage des familles
Tout commence en mars 2023, dans le quartier de Keur Gol à Touba, à environ 200 kilomètres de Dakar. Une adolescente de 15 ans demande à sa mère de ne plus retourner à l’école coranique, prétextant vouloir travailler comme femme de ménage. Sa petite sœur, âgée de 11 ans, finit par parler et décrit les viols répétés qu’elles subissent toutes les deux. La mère alerte alors d’autres parents, et les récits se recoupent rapidement, dessinant le même mode opératoire.
- Lieu : Touba, quartier de Keur Gol
- Période : faits révélés en 2023, après plusieurs années d’emprise présumée
- Première alerte : la parole d’une adolescente de 15 ans, relayée par sa mère
- Âge des victimes : de 7 à 16 ans au moment des faits
Des témoignages concordants et une emprise prolongée
Les investigations menées à la suite des révélations familiales font apparaître un schéma grave et répété. Une cinquantaine de victimes potentielles sont recensées, mais ce sont finalement les parents de 28 jeunes filles qui choisissent de saisir la justice et de se constituer parties civiles. Malgré les tentatives d’intimidation et des propositions d’argent censées faire taire les familles, les témoignages se maintiennent. Les certificats médicaux versés au dossier sont éloquents : 18 attestent d’une perte de virginité et 10 de lésions, confortant les accusations portées contre l’enseignant religieux.
- 28 plaintes déposées par des familles
- 50 victimes présumées identifiées au total
- Certificats médicaux confirmant des atteintes physiques
- Pressions communautaires et tentatives d’achat du silence signalées
Un procès sous haute tension face à un accusé qui nie tout
Arrêté après une période de fuite, Serigne Khadim Mbacké se rend à la police en juin 2023 et affirme être victime d’un complot. Devant le tribunal, il maintient sa ligne de défense et nie les faits, malgré la présence de 26 victimes venues témoigner. Le juge suit les réquisitions de l’avocat général et prononce la peine maximale : 20 ans de prison pour viol et pédophilie. Pour les parties civiles, le verdict envoie un message clair : la justice peut frapper même lorsqu’un prévenu bénéficie d’un statut social ou religieux élevé.
- Fuite initiale puis remise à la police
- Négation persistante de l’accusé au procès
- Peine maximale prononcée par le tribunal
- 26 victimes entendues en audience
Un verdict perçu comme un signal fort pour les droits des enfants
Pour les avocats des victimes, cette condamnation représente bien plus qu’une sanction individuelle. Me Kandiack François Senghor parle d’un signal fort et estime qu’il s’agit de l’une des affaires de pédocriminalité les plus importantes jamais jugées au Sénégal, en raison du nombre de victimes et du profil de l’accusé. Du côté d’Amnesty International Sénégal, la responsable de la protection de l’enfance, Oumou Sya Sadio, salue une décision historique qui peut contribuer à lever l’impunité entourant les violences sexuelles commises sur les mineurs.
- Reconnaissance publique de la gravité des faits
- Protection de l’enfance au centre du débat
- Fin de l’impunité réclamée par les défenseurs des droits humains
- Égalité devant la loi rappelée par les observateurs
Un tabou social mis à nu dans une société sous pression
Au-delà du verdict, l’affaire met en lumière un phénomène plus large : la difficulté de dénoncer les violences sexuelles dans certaines communautés. Selon Oumou Sya Sadio, beaucoup de familles sont encouragées à ne pas parler, par peur du scandale ou pour préserver les équilibres sociaux. L’idée d’un règlement à l’amiable reste encore trop présente, au détriment des victimes. Dans ce dossier, les proches du prévenu auraient même tenté de proposer de l’argent pour étouffer l’affaire. Amnesty demande désormais à l’État sénégalais d’organiser des visites régulières dans les écoles coraniques et d’adopter un cadre légal plus strict pour mieux contrôler ces établissements.
- Non-dénonciation encore fréquente des violences sexuelles
- Pression sociale sur les familles des victimes
- Besoin de contrôle renforcé des écoles coraniques
- Réforme législative attendue pour mieux protéger les enfants
En savoir plus sur L'ABESTIT
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


