
1. Un Iran à la croisée des tensions
Dans cet entretien, Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix, décrit une République islamique d’Iran plongée dans une situation de « ni guerre ni paix ». Selon elle, le pouvoir mène en réalité deux affrontements simultanés : l’un face aux États-Unis et à Israël, l’autre contre sa propre population. Cette lecture éclaire une crise plus large, où les tensions extérieures ne masquent pas la fragilité intérieure du régime. L’idée centrale est claire : la guerre externe peut fluctuer, mais la répression interne, elle, ne s’interrompt jamais.
- Deux fronts sont évoqués : géopolitique et intérieur.
- La pression sur la population reste constante, quelles que soient les évolutions diplomatiques.
- Le pouvoir apparaît dans une phase d’incertitude durable.
2. Un régime affaibli par les pertes et les divisions
Interrogée sur l’idée selon laquelle les conflits régionaux auraient renforcé le régime, Shirin Ebadi répond au contraire qu’il est aujourd’hui fragilisé. Elle souligne plusieurs éléments : l’incertitude autour de la succession du guide suprême, la pression liée au dossier nucléaire et le recul de l’influence iranienne sur ses proxies. Elle cite notamment les revers subis par le Hezbollah, le Hamas et les Houthis, tout en rappelant le poids du contrôle de l’AIEA sur l’uranium hautement enrichi. À ses yeux, le régime se trouve aussi affaibli par des luttes internes pour le pouvoir.
- Affaiblissement stratégique sur plusieurs théâtres régionaux.
- Fragilité autour du programme nucléaire iranien.
- Perte d’efficacité des alliés armés de Téhéran.
3. Un comité pour préparer l’après-régime
Shirin Ebadi préside un comité de rédaction consacré à la justice transitionnelle, créé à l’initiative de Reza Pahlavi. Ce groupe réunit quatre membres iraniens : l’activiste Iraj Mesdaghi, la juriste Leila Bahmani, le professeur de droit international Afshin Ellian et Shirin Ebadi elle-même. Le comité s’appuie aussi sur quatre consultants internationaux, spécialistes des droits humains, ayant participé à des transitions en Afrique du Sud et au Kosovo. Leur mission n’est pas de rédiger une nouvelle Constitution, mais d’établir des règles pour juger les crimes graves commis depuis la révolution de 1979.
- Le comité travaille sur les procédures judiciaires de transition.
- Il vise les crimes contre l’humanité commis depuis 1979.
- Le texte final sera publié et rendu accessible au public.
4. Une justice pensée pour rompre avec la vengeance
L’un des points les plus marquants de l’entretien concerne la philosophie du projet. Shirin Ebadi insiste sur une idée forte : la justice n’est pas la vengeance. Le comité veut établir un cadre qui exclut la peine de mort, les châtiments corporels et toute forme de torture. Toute personne arrêtée devra bénéficier d’un avocat dès le début de la procédure, d’un procès équitable et du respect des normes internationales. L’objectif est aussi culturel : substituer à la logique du talion une culture de la responsabilité et de la réparation.
- Interdiction de la peine capitale.
- Interdiction de la torture et des peines corporelles.
- Droit à la défense garanti à toutes les étapes.
5. Une transition limitée dans le temps, mais pensée pour durer
Le projet de justice transitionnelle est conçu pour une période de deux ans. Si les poursuites ne sont pas achevées dans ce délai, les nouvelles institutions du pays devront décider de la suite. Shirin Ebadi évoque aussi l’idée qu’à l’issue de cette phase, un référendum supervisé par les Nations unies permettrait au peuple iranien de choisir librement ses institutions. Cette architecture vise à encadrer une sortie de crise sans laisser les dossiers de crimes massifs sans traitement. Le texte doit servir de base au futur pouvoir, quel qu’il soit, en fixant les règles d’un procès équitable.
- Durée prévue : deux ans.
- Possibilité d’un référendum encadré internationalement.
- Transmission du dossier aux institutions futures si nécessaire.
6. Réparer les victimes et préserver la mémoire
Au-delà des sanctions, Shirin Ebadi met l’accent sur la mémoire des victimes et la nécessité de documenter les crimes. Les procès, dit-elle, permettent de raconter les faits depuis la voix des victimes elles-mêmes, face aux accusés, afin d’éviter la répétition des violences. Elle rappelle des exemples de répression brutale, comme les exécutions expéditives liées aux débuts du régime, pour souligner l’urgence d’un autre modèle. La réparation ne se limite pas à l’indemnisation : elle inclut la reconnaissance des traumatismes, la mise en récit des crimes, et la construction d’un avenir fondé sur la réconciliation, le vivre-ensemble et la justice.
- La mémoire judiciaire sert aussi de protection contre la répétition.
- Les familles des victimes doivent obtenir une reconnaissance et, selon les moyens de l’État, une réparation.
- Le projet veut inscrire les crimes dans l’histoire publique pour les générations futures.
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