Une fable sud-africaine ancrée dans le réel
Variations on a Theme suit Ouma Hettie, une gardienne de chèvres octogénaire vivant dans les montagnes du Kamiesberge, en Afrique du Sud. Son existence tranquille bascule lorsqu’elle est victime d’une arnaque liée à une prétendue compensation pour le service non payé de son père pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce point de départ donne au film une force particulière : derrière l’histoire d’une femme âgée, il interroge la mémoire, les abus et les héritages laissés par l’histoire coloniale.
- Personnage central : Ouma Hettie, une femme âgée confrontée à l’injustice.
- Cadre : une communauté rurale sud-africaine proche de la terre et de ses rythmes.
- Enjeu : une escroquerie qui ravive des traumatismes familiaux et historiques.
Un film primé qui attire l’attention des festivals
Réalisé par Devon Delmar et Jason Jacobs, qui ont aussi écrit le scénario, le long métrage a remporté le Tiger Award au Festival international du film de Rotterdam avant d’être présenté au 70e Festival du film de Londres. Cette reconnaissance confirme l’intérêt porté à un cinéma d’auteur qui privilégie la sensibilité, la précision du regard et la singularité formelle. Le film s’inscrit dans une démarche ambitieuse, à la croisée du drame social et de l’expérimentation narrative.
- Distinction : Tiger Award à Rotterdam.
- Présentation : projection au BFI London Film Festival.
- Duo créatif : Devon Delmar et Jason Jacobs, déjà remarqué avec Carissa.
Une mise en scène guidée par le rythme et la musique
Le film se distingue par une esthétique poétique et une sensation de chorégraphie invisible. Sans forcément expliciter chaque mouvement, la mise en scène fait ressentir un monde réglé par des gestes répétitifs, des habitudes et des cadences quotidiennes. Delmar explique que cette musicalité n’est pas un effet décoratif, mais un principe de construction : le spectateur perçoit la régularité des gestes, la circulation des personnes et le tempo naturel du village, comme s’il assistait à une partition visuelle.
- Style visuel : poétique, distinctif et attentif aux détails du quotidien.
- Sensation dominante : un rythme presque musical dans les déplacements et les routines.
- Intention : transformer l’observation d’un lieu en expérience sensorielle.
Le village comme personnage à part entière
Jason Jacobs vient lui-même de la communauté représentée dans le film, ce qui donne au récit une authenticité précieuse. Selon Delmar, le village possède sa propre cadence : on peut y observer, à heure fixe, le passage d’un homme avec ses chèvres au coucher du soleil, ou l’enchaînement des petites routines qui structurent la journée. Cette attention au territoire permet de faire du décor un véritable personnage collectif, où la vie des habitants est intimement liée à l’espace, aux saisons et aux usages transmis.
- Origine du récit : un ancrage direct dans une communauté réelle.
- Observation : les habitudes du village révèlent sa propre musicalité.
- Effet narratif : le lieu façonne la manière dont les personnages vivent et se déplacent.
Une histoire de répétition, d’exploitation et de mémoire
Le titre Variations on a Theme prend tout son sens dans cette logique de répétition. Le film relie les arnaques contemporaines à des violences anciennes : ce qui arrive à Ouma Hettie dans les années 2020 résonne avec l’exploitation subie par son père dans les années 1940, elle-même inscrite dans une histoire plus large de domination des populations colonisées. Le récit montre ainsi comment certaines injustices changent de forme sans disparaître réellement, et comment les communautés portent encore les traces d’un passé non réparé.
- Idée centrale : l’histoire se répète sous d’autres visages.
- Dimension politique : dénonciation des mécanismes d’exploitation.
- Lecture humaine : une femme ordinaire devient le témoin d’une longue continuité historique.
Une écriture presque mathématique pour un film vivant
La construction du film a elle aussi suivi une méthode singulière : Delmar affirme qu’il a été pensé sur Microsoft Excel, avec cinq jours narratifs et environ 30 plans structurés comme une mécanique précise. Cette organisation très rigoureuse n’empêche pas l’émotion ; au contraire, elle permet de faire émerger une sensation organique, presque improvisée. Le réalisateur cite aussi Arvo Pärt, compositeur estonien dont les œuvres reposent sur des principes simples, mais produisent une beauté spirituelle saisissante. Le film cherche ainsi à partir d’un noyau unique pour se déployer comme un origami qui se transforme en livre animé.
- Outil de travail : un découpage élaboré sur Excel.
- Référence musicale : Arvo Pärt et ses structures minimales.
- Ambition artistique : faire naître une œuvre simple en apparence, mais profonde dans sa résonance.
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