
Une vidéo choc qui révèle une crise plus profonde
La diffusion d’une vidéo montrant une femme migrante subsaharienne dénudée et menacée devant sa famille a provoqué une forte vague d’indignation en Tunisie et au-delà. L’enregistrement, largement relayé sur les réseaux sociaux, ne se limite pas à un fait divers isolé : il met en lumière un climat de violence, de racisme et de peur qui touche de nombreux migrants en Tunisie. Selon les éléments rapportés, la scène se serait déroulée à Thyna, près de Sfax, une zone devenue stratégique pour les départs vers la Méditerranée.
Thyna, Sfax et la pression migratoire
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tension autour des migrations subsahariennes en Tunisie. La région de Sfax concentre à la fois des flux migratoires, des activités de départ vers l’Europe et des crispations locales liées à la crise économique. Les autorités ont souvent mis en avant la question des séjours irréguliers, tandis que les associations soulignent l’absence de protection suffisante pour les personnes concernées. Dans ce contexte, les migrants deviennent fréquemment les cibles de rumeurs et de discours hostiles.
- Zone concernée : Thyna, dans le gouvernorat de Sfax
- Profil des victimes : migrants subsahariens, dont des femmes enceintes et des familles
- Enjeu central : sécurité, circulation des personnes et montée des tensions sociales
Les réseaux sociaux, amplificateurs de haine
Après la mise en ligne de la vidéo, les réseaux sociaux tunisiens ont été saturés de messages contrastés. D’un côté, des internautes ont dénoncé l’agression, le racisme et la passivité des institutions. De l’autre, des commentaires ouvertement hostiles ont circulé, avec des formules de rejet comme « rentrez chez vous » ou des appels à l’expulsion violente. Plusieurs contenus ont aussi relayé de la désinformation, notamment d’anciennes vidéos présentées comme actuelles pour attiser la peur et la colère.
Les exemples de dérives sont préoccupants :
- diffusion de vidéos sorties de leur contexte pour alimenter la méfiance ;
- appels explicites à la violence contre des femmes et des enfants ;
- commentaires glorifiant l’auto-justice au lieu du recours à la loi.
Un cadre juridique peu appliqué face au racisme
La Tunisie dispose pourtant depuis 2018 d’une loi contre le racisme et la discrimination raciale. Mais selon plusieurs observateurs, son application reste très limitée. Les propos haineux publiés en ligne donnent rarement lieu à des poursuites, alors même qu’ils participent à la banalisation des agressions. À l’inverse, les voix critiques envers le pouvoir peuvent faire l’objet de procédures rapides, ce qui renforce le sentiment d’inégalité devant la justice.
Dans le débat public, certains responsables politiques ont aussi tenu des propos très controversés. Des déclarations de députés ont contribué à normaliser un vocabulaire de stigmatisation à l’égard des Subsahariens, renforçant l’idée que la question migratoire est instrumentalisée dans l’arène politique.
Des témoignages qui décrivent la peur au quotidien
Des migrantes et migrants installés en Tunisie décrivent un quotidien marqué par la crainte, les contrôles et la sensation d’être devenus des cibles. Une Ivoirienne vivant dans le pays depuis 2020 explique que la situation lui paraît désormais pire qu’en 2023, après les prises de position présidentielles ayant nourri les soupçons autour d’un prétendu remplacement démographique. Selon elle, beaucoup n’osent plus sortir librement, redoutent les contrôles de police et s’interrogent sur les recours possibles en cas d’agression.
Cette peur se traduit concrètement par des comportements d’évitement :
- choisir certains itinéraires pour limiter les contrôles ;
- réduire les déplacements après la tombée de la nuit ;
- envisager un retour au pays faute de protection fiable.
Associations, collectifs et alarmes humanitaires
Face à la multiplication des agressions signalées, l’Union des Ivoiriens en Tunisie a publié un communiqué décrivant des cas d’intrusions dans les domiciles, de confiscations de biens, de violences physiques, de traitements dégradants et, dans certains cas, de violences sexuelles. Des associations tunisiennes ont elles aussi dénoncé une impunité persistante et une banalisation des crimes racistes, qu’elles attribuent à la faiblesse de la réponse institutionnelle. Ces alertes convergent vers une même réalité : la protection des personnes vulnérables reste insuffisante.
Les organisations de la société civile rappellent plusieurs points essentiels :
- les violences ne visent pas seulement les personnes en situation irrégulière ;
- des étudiants et des résidents légaux sont aussi exposés ;
- la réponse publique doit combiner sécurité, justice et protection des droits humains.
Au-delà de cette affaire, c’est bien la place des migrants en Tunisie, la responsabilité des institutions et l’effet des discours publics sur la violence réelle qui sont aujourd’hui au cœur des interrogations.
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