Zelensky à l’ONU: asphyxier le financement de la guerre russe

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Un sommet à haute intensité à New York

L’Assemblée générale des Nations unies a offert une séquence diplomatique dense, marquée par des discours très politiques, des appels à la réforme et des prises de position sur les grands foyers de tension mondiaux. Entre la guerre en Ukraine, les relations avec l’Iran, le Venezuela, le Moyen-Orient, le climat et l’essor de l’intelligence artificielle, la tribune new-yorkaise a servi de caisse de résonance à des visions du monde souvent opposées. Les interventions ont montré combien l’ONU reste un lieu central où s’expriment à la fois les urgences sécuritaires, les ambitions nationales et les critiques du multilatéralisme.

L’Ukraine au cœur des alarmes diplomatiques

Le discours de Volodymyr Zelensky a été l’un des moments forts de cette journée. Le président ukrainien a insisté sur la détermination de son pays à résister à l’invasion russe, affirmant que l’Ukraine a choisi de “ne pas mourir” et de préserver son indépendance. Il a accusé Moscou de prolonger une guerre qu’il juge “ridicule et insensée”, en soulignant le coût humain immense pour un gain territorial limité.

Selon lui, la stratégie russe repose aussi sur l’épuisement économique et militaire de l’Ukraine, avec des frappes de drones répétées, des bombardements et des pressions financières. Zelensky a appelé à :

  • renforcer les défenses antiaériennes;
  • cibler les finances russes pour réduire la capacité de Moscou à financer la guerre;
  • maintenir une aide internationale durable face à une guerre appelée à s’inscrire dans la durée.

Il a aussi élargi son propos à la sécurité mondiale, avertissant que l’intelligence artificielle pourrait transformer l’équilibre des puissances et rendre les menaces plus complexes encore.

Réforme de l’ONU, climat et intelligence artificielle

Plusieurs dirigeants ont utilisé cette tribune pour demander une réforme des institutions internationales. Le président kényan William Ruto a plaidé pour une refonte du Conseil de sécurité afin de donner à l’Afrique une représentation plus juste et permanente. Cette revendication, récurrente au sein de nombreux États africains, s’inscrit dans un débat ancien sur la légitimité et la composition d’un organe perçu comme trop fermé.

Sur le climat, le secrétaire général Antonio Guterres a martelé que l’essor des énergies renouvelables “ne peut être arrêté”. Il a présenté l’énergie propre comme une force désormais incontournable, et non plus comme une simple alternative. Son message était clair : les États doivent adopter des plans crédibles de sortie des énergies fossiles, avec des objectifs précis et vérifiables.

Dans le même temps, l’IA s’est imposée comme un thème transversal. Le patron d’Anthropic, Dario Amodei, a promis de ralentir le développement de ses modèles autant que nécessaire afin d’en garantir la sécurité. Cette prise de position illustre un tournant important :

  • la sécurité des systèmes devient un enjeu public;
  • la compétition technologique suscite des appels à l’autolimitation;
  • la gouvernance mondiale de l’IA reste encore incomplète.

L’Amérique latine entre critiques et quête de souveraineté

Plusieurs interventions latino-américaines ont donné une tonalité très politique au débat. Javier Milei, président argentin, a livré un discours virulent contre l’ONU, qu’il accuse d’inefficacité et de dérive bureaucratique. Il a défendu une ligne économique fondée sur le capitalisme d’entreprise, tout en revendiquant pour son pays un positionnement clair aux côtés de l’Occident, des États-Unis et d’Israël.

Le président paraguayen Santiago Peña a, lui, insisté sur la défense du multilatéralisme, de la paix et de la dignité humaine. Il a aussi évoqué la situation au Venezuela, appelant à une transition démocratique, dans un contexte régional où les crises politiques restent étroitement observées. De son côté, la responsable vénézuélienne Delcy Rodriguez a remercié Donald Trump pour la reprise des relations diplomatiques avec Caracas, tout en promettant des élections dans son pays.

Ces prises de parole montrent des lignes de fracture nettes :

  • méfiance envers les institutions multilatérales pour certains gouvernements;
  • volonté de réintégration diplomatique pour d’autres;
  • usage de l’ONU comme tribune politique pour redéfinir les alliances régionales.

Moyen-Orient, Iran et tensions de sécurité

Le dossier du Moyen-Orient a également occupé une place importante, avec des avertissements répétés sur les risques d’escalade. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a mis en garde contre une nouvelle crise en Cisjordanie, estimant que la région n’avait pas besoin d’un foyer de tension supplémentaire. Cette déclaration intervient alors que la violence des colons israéliens et les réactions palestiniennes continuent d’alimenter une forte inquiétude internationale.

À la tribune de l’ONU, le président iranien Massoud Pezeshkian a, pour sa part, affirmé que l’Iran n’a “jamais été un agresseur” et qu’il ne baisserait “jamais la tête” face aux sanctions et aux pressions. Il a dénoncé ce qu’il considère comme des agressions subies par son pays et a averti que Téhéran ne laisserait pas le détroit d’Ormuz être utilisé contre ses intérêts. Son discours a souligné la centralité des voies maritimes, des sanctions économiques et de la confrontation stratégique dans la crise régionale.

L’Afrique, les petits États et la bataille du droit international

Au-delà des grandes puissances, plusieurs dirigeants d’Afrique, d’Asie et des États insulaires ont profité de l’Assemblée générale pour porter des causes précises. Le président du Venezuela, les représentants du Kenya, de la République centrafricaine, de la Libye ou encore du Panama ont tous rappelé que la scène onusienne reste un espace d’expression pour les pays qui cherchent à peser sur les équilibres mondiaux.

Le président tchèque Petr Pavel a appelé la Chine à utiliser son influence pour mettre fin à l’agression russe en Ukraine. Sur un autre registre, la question soudanaise a suscité des tensions diplomatiques, Washington n’ayant pas délivré de visa au général Abdel Fattah al-Burhan, pourtant attendu à la tribune. Ce type d’incident rappelle que l’accès à l’ONU peut devenir lui-même un sujet de friction entre États et institutions.

Dans le Pacifique, le président de Palau Surangel Whipps a défendu des positions très concrètes contre le tabac et pour l’environnement, illustrant la manière dont les petits États utilisent l’ONU pour faire entendre des priorités souvent négligées :

  • santé publique;
  • protection du climat;
  • vulnérabilité des archipels face aux bouleversements environnementaux.

Une journée qui révèle les fractures du monde

Cette deuxième journée de l’Assemblée générale a mis en lumière un monde traversé par des crises multiples, mais aussi par des stratégies très différentes pour y répondre. Certains dirigeants ont appelé à la coopération, d’autres à la fermeté, d’autres encore ont utilisé la tribune pour contester frontalement le fonctionnement de l’ONU. Entre guerre, climat, sécurité alimentaire, technologie et réformes institutionnelles, les débats ont montré que l’organisation reste indispensable, même lorsque ses membres la critiquent vivement.

Ce qui ressort surtout, c’est la coexistence de trois dynamiques : la confrontation géopolitique, la recherche de nouveaux équilibres et l’inquiétude face aux technologies émergentes. L’Assemblée générale n’a pas seulement donné la parole aux États ; elle a aussi exposé la difficulté croissante à construire un consensus mondial dans un contexte où chaque crise semble en appeler une autre.

À New York, les discours ont confirmé que l’ONU demeure à la fois un miroir des tensions internationales et un lieu où se dessinent, parfois timidement, les réponses de demain.


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