
Une réforme constitutionnelle décisive
Réunie en Congrès le 4 avril, l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté une révision de la Constitution qui crée un poste de vice‑président destiné à devenir le successeur constitutionnel du chef de l’État en cas de vacance du pouvoir (décès, démission ou empêchement définitif). Cette modification met fin au tabou de l’après‑Biya et répond, selon certains observateurs, à des préoccupations de prévisibilité institutionnelle après la présidentielle d’octobre 2025 ; exemple précis : le successeur nommé prêterait serment et terminerait le mandat en cours, soit théoriquement jusqu’en 2032.
- Date clé : adoption parlementaire le 4 avril.
- Objet : création d’un poste de vice‑président et clarification de la succession.
- Conséquence immédiate : cadre constitutionnel pour la continuité de l’État.
La désignation et les prérogatives du suppléant
La révision prévoit que le président de la République, seul, pourra désigner son suppléant, qui devient automatiquement chef de l’État en cas de vacance sans qu’une élection présidentielle urgente soit organisée. Exemple concret : si le président venait à être empêché en 2028, le vice‑président prêterait serment et assurerait la fin du mandat actuel.
- Nommé par : le président en exercice.
- Effet : entrée en fonctions immédiate sans scrutin intermédiaire.
- Portée : assure la continuité exécutive jusqu’à la fin du mandat en cours.
Des effets directs sur le calendrier électoral
La réforme s’accompagne d’ajustements du calendrier : les législatives, déjà décalées, sont repoussées à 2027 et le code électoral modifié permet désormais de proroger les mandats municipaux sans limite de délai. Cela ouvre la voie à des reports successifs des scrutins locaux et nationaux ; exemple : une municipalité dont le mandat arrive à échéance peut voir son conseil prorogé indéfiniment si les circonstances le justifient.
- Législatives : reportées à 2027.
- Municipales : possibilité de prorogations sans limite de délai.
- Risque : réduction des compétitions électorales régulières.
Stabilité institutionnelle ou contournement démocratique ?
Les partisans de la réforme, dont le politologue proche du pouvoir Mathias Eric Owona Nguini, défendent un cadre prévisible pour garantir la stabilité et la continuité de l’État si le président ne peut plus exercer. À l’inverse, des voix de la société civile et de l’opposition dénoncent un mécanisme qui limite la concurrence politique : exemple d’observation critique formulée par Hilaire Kamga qui parle d’une stratégie visant à éviter la compétition électorale.
- Argument pour : prévisibilité et continuité de l’État.
- Argument contre : affaiblissement de la compétition démocratique.
- Illustration : nomination exclusive par le président interprétée comme verrouillage politique.
Enjeux sécuritaires et économiques à court terme
Au-delà de la pure ingénierie institutionnelle, la création du poste vise à répondre à des défis concrets : la crise économique, les possibles mesures d’austérité et le conflit anglophone dans les régions du Nord‑Ouest et du Sud‑Ouest qui dure depuis environ 8 ans. L’économiste Dieudonné Essomba souligne que la nomination d’un vice‑président au profil adapté pourrait atténuer des tensions internes ; exemple : un vice‑président doté de compétences économiques pourrait piloter un plan de relance ou de négociation dans les zones en conflit.
- Économie : risques d’ajustements budgétaires et nécessité de gestion macroéconomique.
- Sécurité : rôle attendu dans la gestion des conflits et du maintien de l’ordre.
- Social : besoin de légitimité pour apaiser les revendications locales.
Scénarios plausibles et questions toujours ouvertes
Plusieurs trajectoires sont possibles : maintien de l’emprise du parti au pouvoir (RDPC) via une succession contrôlée, montée de tensions internes si le choix du vice‑président est contesté, ou une normalisation institutionnelle si le poste est perçu comme légitime. Des questions restent cependant en suspens : qui sera choisi, comment sera garantue la légitimité démocratique, et quel sera l’impact sur la confiance publique et internationale ? Exemple de scénario disputé : un vice‑président issu d’un clan politique pourrait stabiliser la transition à court terme mais creuser des fractures régionales.
- Question clé : quel profil pour le vice‑président et selon quels critères ?
- Risque : contestations internes ou radicalisation des oppositions.
- Perspective : la réforme clarifie la succession mais ouvre un débat sur la démocratie et la légitimité.
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