Un débat central sur l’évolution du capitalisme contemporain
La question posée est décisive : assistons-nous à une simple mutation du néolibéralisme ou à l’émergence d’un néomercantilisme plus interventionniste ? Les économistes Jacques Rigaudiat et Arnaud Orain proposent deux lectures qui éclairent les transformations actuelles de l’économie mondiale. Entre montée des tensions commerciales, retour des politiques industrielles et fragilisation des règles du libre-échange, le paysage économique semble entrer dans une phase de recomposition profonde.
Le néolibéralisme : un modèle encore dominant, mais bousculé
Le néolibéralisme repose sur la libéralisation des marchés, la dérégulation, la concurrence et la réduction du rôle de l’État dans l’économie. Pendant plusieurs décennies, ce cadre a structuré les politiques publiques dans de nombreux pays. Pourtant, les crises successives ont révélé ses limites : inégalités croissantes, dépendances stratégiques, tensions sur les chaînes d’approvisionnement et vulnérabilité face aux chocs géopolitiques.
- Dérégulation financière et mondialisation accélérée.
- Privatisations et recul de l’intervention publique.
- Recherche de compétitivité par la baisse des coûts.
- Fragilité face aux crises sanitaires, énergétiques et industrielles.
Le néomercantilisme : l’État revient au premier plan
Face à ces fragilités, certains observateurs parlent d’un néomercantilisme, c’est-à-dire d’un système où l’État reprend un rôle stratégique pour protéger ses intérêts économiques. Cette logique se manifeste par des politiques de subventions, de contrôle des importations, de soutien aux industries jugées vitales et de sécurisation des ressources. Les États-Unis, l’Union européenne ou encore la Chine multiplient ainsi les mesures destinées à renforcer leur souveraineté productive.
- Aides publiques ciblées pour l’électronique, l’énergie ou les batteries.
- Relocalisation de certaines productions stratégiques.
- Barrières commerciales plus ou moins explicites.
- Protection des secteurs clés face à la concurrence étrangère.
Protectionnisme, souveraineté et rivalités géopolitiques
Le retour du protectionnisme ne se limite pas à des mesures économiques : il traduit aussi une montée des rivalités géopolitiques. La sécurité énergétique, l’accès aux matières premières, la maîtrise des technologies numériques ou des semi-conducteurs deviennent des enjeux de puissance. Dans ce contexte, l’État n’est plus seulement arbitre, mais acteur direct de la compétition mondiale. Les politiques industrielles prennent alors une dimension stratégique, parfois présentée comme nécessaire pour défendre l’emploi et l’autonomie nationale.
- Sécurisation des approvisionnements critiques.
- Course technologique dans les secteurs de pointe.
- Concurrence entre blocs économiques plus marquée.
- Réarmement industriel dans plusieurs grandes puissances.
Deux lectures économiques qui ne disent pas exactement la même chose
Les analyses de Jacques Rigaudiat et Arnaud Orain mettent en lumière deux interprétations possibles. La première insiste sur la continuité : le néolibéralisme ne disparaît pas, mais il s’adapte en intégrant davantage d’intervention publique pour sauver ses équilibres. La seconde voit dans les tendances actuelles une rupture plus nette, avec le retour d’une logique de puissance, de contrôle et de hiérarchisation des échanges. Cette opposition montre que les frontières entre marché libre et intervention étatique deviennent de plus en plus poreuses.
- Lecture de continuité : l’État soutient le marché sans le remplacer.
- Lecture de rupture : l’économie se réorganise autour de la puissance nationale.
- Point commun : la fin de l’illusion d’un marché mondial totalement autorégulé.
Vers un nouvel ordre économique mondial ?
Ce débat dépasse la simple opposition entre deux doctrines. Il interroge le futur de l’économie mondiale : davantage de libre-échange ou davantage de blocs fermés ? Plus de concurrence ou plus de planification stratégique ? Les crises récentes ont montré que les États ne peuvent plus se contenter d’accompagner les marchés. Ils interviennent pour protéger les filières, garantir l’indépendance technologique et répondre aux impératifs de sécurité. Le monde économique pourrait ainsi s’orienter vers un modèle hybride, où le marché reste central mais où l’État reprend une place déterminante dans les secteurs jugés essentiels.
- Retour de l’industrie comme enjeu national.
- Montée des politiques publiques face aux crises.
- Rééquilibrage entre ouverture commerciale et souveraineté.
- Transformation durable des règles de la mondialisation.
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