1. Les premiers chiens européens : que révèlent les ossements ?
Les plus anciens canidés identifiables morphologiquement comme chiens proviennent d’Europe et datent d’au moins 14 000 ans (ex. sites de Bonn–Oberkassel, Kesslerloch, Le Morin, Errala, Paglicci). L’analyse génomique récente élargit et précise ce signal archéologique : un spécimen de Kesslerloch daté de 14,2 ka confirme une appartenance à la lignée des chiens modernes, montrant que la diversité canine était déjà structurée à cette époque. Points clés :
- Exemple : le chien de Kesslerloch (Suisse) → preuve génomique d’un chien paléolithique.
- Impact : la morphologie seule peut être trompeuse ; la génétique confirme des identités.
2. Méthodes : comment les génomes anciens ont été récupérés
Pour trancher entre chien et loup et reconstituer les affinités, les auteurs ont analysé 216 restes de canidés (181 pré‑néolithiques en Europe) en combinant criblage, capture ciblée et séquençage profond. Ils ont conçu une puce ciblant ~486 547 SNV et obtenu un enrichissement de l’ADN endogène de 10–100×, permettant d’identifier l’ascendance pour 141 échantillons. Étapes et exemples :
- Échantillons : Kesslerloch (14,2 ka), Gnirshöhle (~15 ka), sites mésolithiques scandinaves (Bökeberg, Tågerup), Boncuklu (Anatolie, 11,4 ka).
- Technique : capture génomique ciblée + comparaison aux génomes de référence (ex. chien Zhokhov 9,5 ka comme témoin oriental).
3. Qui était chien, qui était loup ? Résultats de l’identification
La statistique d’outgroup f3 et d’autres tests ont permis de séparer clairement chiens et loups : plusieurs restes mésolithiques scandinaves et néolithiques écossais s’avèrent être des chiens, tandis que certains restes de cavernes belges et arméniennes restent des loups. Des exemples marquants :
- Kesslerloch : un individu confirmé génétiquement comme chien à 14,2 ka.
- Goyet (Belgique) : ossements auparavant interprétés comme chien → génétiquement loup.
- Cas de contamination / dépôt tardif : plusieurs ossements associés à contextes anciens montrent une ascendance de chiens récents (probable dépôt tardif ou contamination), illustrant l’importance du contrôle génétique et des datations radiocarbone.
4. Origines partagées et modèle de « double ascendance »
Les données supportent que les chiens paléolithiques européens ne proviennent pas d’un événement de domestication totalement indépendant : la plupart des chiens anciens européens présentent une forte affinité avec un progeniteur oriental (ex. chien de Zhokhov 9,5 ka) et ne nécessitent pas d’importante contribution d’un « loup occidental ». Points saillants :
- Dual ancestry : modèle impliquant au moins deux sources de loups (orientale majoritaire chez les premiers chiens européens).
- Diversité réduite : la baisse d’hétérozygotie typique des chiens (≈‑1/3 par rapport aux loups) est déjà présente chez le chien de 14,2 ka, suggérant que la perte de diversité s’est produite tôt, probablement lors du processus de domestication.
5. Affinités régionales et continuités (ADMIXTURE et qpAdm)
L’analyse de clusters (ADMIXTURE) et le modelage (qpAdm) montrent une composante génétique commune aux chiens paléolithiques/mesolithiques d’Europe, remplacée progressivement au Néolithique par une composante maximisée en chiens du Proche‑Orient. Exemples concrets :
- Composante mésolithique (Scandinavie) : persistante dans les chiens de la culture Pitted Ware jusqu’à ~4,8 ka, illustrant une continuité locale de plusieurs millénaires.
- Boncuklu (Anatolie, 11,4 ka) : montre une affinité orientale similaire aux chiens européens anciens, suggérant des connexions précoces entre Europe et SW Asia.
- Variations régionales : les chiens de Vérétie (Karelia) ont plus d’affinité orientale/Nord‑américaine, reflétant des différences analogues à celles observées chez les humains mésolithiques.
6. Effet de la transition néolithique et portée historique
Le passage au Néolithique a entraîné une arrivée d’ascendance canine du Sud‑Ouest asiatique en Europe, mais de moindre ampleur que pour les populations humaines : les contributions estimées varient (exemples) Écosse ≈ 21–25 %, Croatie/Serbie ≈ 33–34 %, Grèce ≈ 66 %, Espagne ≈ 40 %, Allemagne (Corded Ware) ≈ 53 %. Conclusions interprétatives et implications :
- Mixité : plutôt qu’un remplacement complet, les fermiers néolithiques ont intégré largement les chiens locaux des chasseurs‑cueilleurs.
- Héritage mésolithique : une part substantielle du génome des chiens européens modernes provient des chiens pré‑agricoles.
- Chronologie de la domestication : la structuration génétique observée à 14,2 ka implique que la domestication (ou les événements fondateurs) s’est produite plusieurs millénaires avant cette date, même si le lieu et le(s) nombre(s) exact(s) d’événements restent non résolus par ces seules données.
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