
Un ouvrage pour dévoiler Paris-Téhéran
L’enquête d’Emmanuel Razavi et Jean‑Marie Montali, Paris-Téhéran, le grand dévoilement, explore la manière dont une partie de la « gauche radicale » française a soutenu l’ayatollah Khomeini pendant son exil à Paris, en amont de la Révolution islamique de 1979; les auteurs expliquent pourquoi, près de cinq décennies plus tard, il était nécessaire de reconstituer ce moment historique, en rendant compte des traumatismes laissés dans les familles iraniennes (exemple: le souvenir personnel de l’auteur et l’incompréhension de son père face aux louanges françaises), et en fournissant une lecture critique des discours non vérifiés relayés à l’époque.
Brève histoire: de la dynastie Pahlavi à l’exil de Khomeini
Pour comprendre le phénomène, l’ouvrage resitue rapidement l’histoire iranienne: la dynastie Pahlavi, les réformes modernisatrices du règne de Mohammad Reza Shah et les réactions politiques et sociales qui ont conduit à la Révolution; exemples précis cités par les auteurs incluent la White Revolution et la montée de l’opposition religieuse, tandis que Khomeini, d’abord en exil, polarise les débats depuis Najaf puis Paris. Points clés:
- Réformes modernisatrices (éducation, infrastructures) mêlées à autoritarisme;
- Opposition religieuse structurée autour de Khomeini;
- Exil politique: Paris comme carrefour intellectuel et médiatique avant 1979.
Khomeini à Paris: paroles publiques et signaux inquiétants
Les auteurs insistent sur le fait que Khomeini avait laissé, avant la prise du pouvoir, des écrits et des déclarations qui permettaient de prévoir certaines orientations autoritaires et sociales de la future République islamique; par exemple, des textes antérieurs exposaient sa conception de la velayat‑e faqih (la gouvernance du juriste) et des prescriptions répressives contre certains groupes, éléments que beaucoup d’intellectuels français n’ont ni suffisamment analysés ni critiqués. Liste d’exemples textuels mis en avant par les enquêteurs:
- Écrits doctrinaux sur le rôle central des religieux dans l’État;
- Passages dénoncés sur la condition des femmes et des minorités;
- Formulations extrêmes relatives aux sanctions pénales contre certains comportements.
Pourquoi une fascination chez certains intellectuels français?
Razavi et Montali attribuent cette admiration partielle à une confluence d’éléments: l’anti‑impérialisme, la recherche d’alliances « révolutionnaires », et un romantisme de l’insurrection qui a pu faire miroiter la convergence des luttes. Exemples emblématiques: Michel Foucault, devenu reporter pour des titres comme le Nouvel Obs, parlant de Khomeini en termes élogieux sans apparemment interroger tous ses écrits; Jean‑Paul Sartre et d’autres figures prêtant une aura messianique à la révolution. Points expliquant la béance critique:
- Convergence idéologique avec des mouvements anti‑occidentaux;
- Romantisme révolutionnaire et méfiance envers les régimes pro‑occidentaux;
- Manque de vérification des sources et des textes originaux.
Héritage: persistance ou recul de ces visions aujourd’hui?
Les auteurs distinguent la gauche républicaine, généralement critique, de l’extrême gauche, qui, selon eux, conserve parfois une tendance à relayer des récits pro‑régime par idéologie ou par romantisme révolutionnaire; exemples contemporains mentionnés: certaines franges qualifiant comme « résistantes » des organisations que d’autres analystes décrivent comme proxys soutenus, financés ou armés par la République islamique (cas cités: Hezbollah, Hamas), illustrant une lecture partielle des réalités géopolitiques. Points d’observation actuels:
- Division claire entre gauche républicaine et extrême gauche;
- Présence d’officines d’influence et de récits concurrents;
- Importance de la vérification journalistique et historique pour réévaluer ces positions.
La voix de Reza Pahlavi: marginalisation et enjeux du récit
Enfin, l’ouvrage analyse pourquoi la parole de Reza Pahlavi — héritier du dernier shah — reste souvent minorée: stigmatisation de la monarchie en France, récit dominant sur la nature du régime du Chah, et réduction médiatique de sa posture; exemples: ses prises de parole répétées en faveur d’une transition démocratique et laïque, son appel à un référendum pour que les Iraniens choisissent librement entre république ou monarchie constitutionnelle, et ses contacts politiques internationaux (rencontres avec parlementaires, discours publics). Éléments-clés de son discours repris dans le livre:
- Appel constant à une transition démocratique et laïque;
- Proposition de référendum post‑transition pour décider du régime;
- Démarche de dialogue avec des acteurs internationaux, y compris des interlocuteurs variés.
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