
Aïd al-Adha en Égypte : une fête marquée par la pression des prix
L’Aïd al-Adha, aussi appelé Aïd el-Kébir ou « fête du sacrifice », reste la célébration la plus importante du calendrier musulman. Mais cette année, en Égypte, la dimension religieuse se heurte à une réalité économique difficile. Dans plusieurs villes, de nombreux foyers ne peuvent plus acheter un mouton, une vache ou même une part de viande suffisante pour respecter la tradition du sacrifice.
Des marchés moins fournis et des acheteurs en recul
Au marché au bétail de Sayeda Zeinab, quartier populaire du Caire, la fréquentation est nettement plus faible qu’à l’accoutumée. Les vendeurs constatent une baisse de la demande, directement liée à la hausse du coût de la vie. La viande, déjà chère pour beaucoup de ménages, est devenue un produit presque inaccessible au moment même où les familles espèrent célébrer l’Aïd avec un animal sacrifié.
- Moins de clients dans les marchés de bétail.
- Hausse des prix de la viande bovine d’environ 20 % selon plusieurs vendeurs.
- Achat groupé de plus en plus fréquent : trois ou quatre familles se réunissent pour acheter un seul animal.
Le poids de l’inflation sur les ménages égyptiens
Les commerçants attribuent cette tension à l’augmentation des coûts de l’alimentation animale, largement dépendante des importations. Le kilo de bœuf atteint désormais des niveaux élevés, avec des prix qui commencent autour de 210 livres égyptiennes selon certains vendeurs. Même si les autorités annoncent un ralentissement de l’inflation urbaine, estimée à 15 % sur un an en avril, le ressenti reste très fort dans les foyers modestes, pour qui la fête devient un luxe.
Dans ce contexte, les consommateurs changent leurs habitudes : certains renoncent à l’achat d’un animal entier et se tournent vers des produits plus abordables.
- Abats et morceaux moins nobles privilégiés.
- Pieds, têtes et tripes vendus en remplacement du mouton entier.
- Réduction des quantités achetées pour limiter les dépenses.
Des commerçants qui s’adaptent à une demande fragilisée
Face à la baisse du pouvoir d’achat, certains vendeurs réorganisent leurs étals pour répondre à une clientèle plus prudente. Ingy, par exemple, mise sur la vente de morceaux peu coûteux pour attirer des acheteurs qui ne peuvent plus se permettre un animal entier. Son constat est sans détour : les rues sont moins animées, les clients plus rares et l’argent manque. Cette adaptation montre combien la fête, traditionnellement centrée sur le sacrifice, se transforme parfois en simple recherche d’un repas abordable.
La Corne de l’Afrique touchée par les perturbations commerciales
La tension ne se limite pas à l’Égypte. Dans la Corne de l’Afrique, les exportateurs de bétail subissent eux aussi les effets d’un contexte régional instable. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, les routes maritimes vers les pays du Golfe sont perturbées, ce qui freine les échanges à l’approche de l’Aïd et du Hadj.
- Des navires évitent certaines routes jugées trop risquées.
- Les envois vers Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis ont fortement diminué.
- L’Arabie saoudite demeure le principal débouché accessible.
Une économie du bétail fragilisée au moment le plus stratégique
Pour des exportateurs comme Ridwan Ibrahim, la situation est préoccupante. Cette année, il prévoit d’expédier seulement la moitié des bêtes habituellement vendues. Le marché se retrouve concentré sur un seul pays d’arrivée, ce qui crée une saturation et réduit les marges. Or, dans des économies où l’élevage structure une grande partie de l’activité, le moindre blocage peut avoir des effets importants sur l’ensemble de la population.
En Somalie, par exemple, le bétail représente une part essentielle des exportations et fait vivre une large fraction des habitants. À la veille de l’Aïd al-Adha, la fête du sacrifice devient ainsi un révélateur puissant des déséquilibres économiques : d’un côté, des familles qui peinent à acheter la viande ; de l’autre, des éleveurs et exportateurs confrontés à des marchés saturés, coûteux et incertains.
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