
Une décision qui ravive les tensions à Khan al-Ahmar
Au cœur de la Cisjordanie occupée, le village bédouin de Khan al-Ahmar se retrouve à nouveau sous la menace directe d’une évacuation. Le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite religieuse, a annoncé que cette communauté serait l’une de ses premières cibles de représailles. Il a signé un ordre d’évacuation, faisant craindre une opération rapide contre des familles déjà fragilisées par des années d’incertitude.
Un village bédouin pris entre isolement et pression militaire
Situé à l’est de Jérusalem, au bord d’une autoroute et entouré de colonies israéliennes, Khan al-Ahmar vit dans un environnement de pression constante. Les habitants racontent une vie suspendue à la menace d’une arrivée soudaine de bulldozers, de soldats ou de véhicules blindés. Pour le patriarche de la communauté, Eid Khamis al Jahaleen, la situation est presque sans issue : il dit devoir défendre sa maison « à mains nues » face à des moyens militaires écrasants.
- Localisation stratégique : à proximité immédiate de Jérusalem.
- Environnement encerclé : des colonies installées sur des collines alentour.
- Vulnérabilité sociale : une communauté bédouine peu protégée face aux décisions administratives et militaires.
E1, le projet qui menace la continuité territoriale palestinienne
Derrière l’évacuation annoncée se profile un enjeu plus vaste : le projet de colonisation E1. Prévu pour accueillir environ 3 400 logements, ce plan est contesté parce qu’il couperait la Cisjordanie en deux, rendant presque impossible une continuité territoriale entre le nord et le sud du territoire. Pour de nombreuses organisations, cette fragmentation compromettrait gravement la perspective d’un État palestinien viable.
L’ONG israélienne B’Tselem décrit ce projet comme un levier de contrôle territorial. Selon elle, l’extension des colonies dans cette zone ne se limite pas à une question d’urbanisme : elle dessine une réalité politique où la mobilité, l’accès à la terre et les liens entre localités palestiniennes seraient profondément affectés.
Pourquoi E1 est au centre des critiques
- Rupture territoriale : la Cisjordanie serait séparée en deux blocs.
- Effet sur les déplacements : routes, accès et circulation palestiniens seraient contraints.
- Impact diplomatique : plusieurs États et ONG jugent le projet incompatible avec le droit international.
Le précédent de 2018, jamais vraiment refermé
Ce n’est pas la première fois que Khan al-Ahmar est menacé. En 2018, la justice israélienne avait déjà validé l’expulsion des habitants, déclenchant un large tollé à l’échelle internationale. Plusieurs capitales européennes avaient alors exprimé leurs inquiétudes, estimant que la mesure allait à l’encontre du droit international. Face à cette pression, Israël avait suspendu l’opération, sans toutefois renoncer aux ambitions qui pèsent sur la zone.
Depuis, la communauté vit dans un climat de temporisation anxieuse. Les familles savent que le précédent juridique existe et que la décision peut être réactivée. Dans ce type de dossier, l’absence d’exécution immédiate ne signifie pas abandon, mais souvent simple mise en attente d’un contexte plus favorable.
Ce que disent les habitants face à la menace
À Khan al-Ahmar, la menace n’est pas perçue comme un débat abstrait, mais comme une réalité quotidienne. Les témoignages des habitants montrent un mélange de peur, de résignation et d’attachement à la terre. Beaucoup redoutent de perdre non seulement leurs maisons, mais aussi leur mode de vie pastoral et leurs repères familiaux. Le village représente pour eux bien plus qu’un ensemble d’habitations : c’est un lieu de mémoire, d’identité et de survie collective.
La promesse d’expulsion faite par Bezalel Smotrich est donc vécue comme une attaque directe contre cette présence bédouine. Dans un contexte où les décisions politiques peuvent être appliquées très vite, la communauté se prépare à un possible scénario de force, tout en espérant un nouveau blocage international.
- Crainte immédiate : une évacuation soudaine.
- Pertes potentielles : logements, troupeaux, continuité familiale.
- Résistance symbolique : rester sur place malgré la pression.
Un enjeu local aux répercussions régionales
L’affaire de Khan al-Ahmar dépasse largement les limites du village. Elle touche à la question centrale de la colonisation, du statut des territoires occupés et de l’avenir du processus politique israélo-palestinien. Chaque nouvelle annonce autour de ce site réactive les inquiétudes sur l’expansion des colonies, la fragmentation du territoire palestinien et la disparition progressive des espaces de vie bédouins. Dans ce dossier, un ordre d’évacuation local peut ainsi produire un effet bien plus large, sur le plan politique comme humanitaire.
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