
Un scrutin attendu sans enthousiasme
En Éthiopie, le scrutin législatif prévu pour le 1er juin attire peu l’attention. Dans de nombreux quartiers d’Addis-Abeba, les discussions quotidiennes portent davantage sur le sport, le coût de la vie ou la sécurité que sur la campagne électorale. Cette forme de distance politique traduit un climat de fatigue civique, nourri par des mois de campagne jugée peu dynamique et par le sentiment, chez beaucoup d’électeurs, que l’issue est déjà connue à l’avance.
- Vote des députés appelé à désigner ensuite le Premier ministre
- Faible mobilisation observée dans plusieurs quartiers de la capitale
- Perception de résultat joué d’avance chez une partie de la population
Une campagne politique jugée lointaine
Le principal reproche adressé aux partis en lice tient à l’écart entre les discours de campagne et les préoccupations concrètes des citoyens. Beaucoup d’Éthiopiens disent ne pas se reconnaître dans les débats actuels, qu’ils jugent trop techniques, trop institutionnels ou trop éloignés des difficultés du quotidien. Cette impression est renforcée par l’absence d’une compétition perçue comme réellement ouverte, notamment dans un contexte où l’opposition a eu du mal à faire entendre sa voix.
Dans un salon de coiffure très fréquenté du quartier de Haya Huwlet, à l’est d’Addis-Abeba, les clients parlent plus volontiers de la finale de la Ligue des champions que des législatives. Le propriétaire résume ce sentiment dominant avec une formule révélatrice : pour lui, les électeurs pensent que tout est déjà « calculé » et qu’aucun changement majeur ne sortira des urnes.
La lassitude des électeurs dans la vie quotidienne
Cette désaffection ne se limite pas à une seule catégorie sociale. Yohanes, client du salon, dit par exemple ne pas s’intéresser à la politique au point de ne même pas avoir entrepris les démarches pour s’inscrire sur les listes électorales. Son témoignage illustre une réalité plus large : une partie de la population se tient à distance du processus électoral, non par indifférence totale, mais parce qu’elle estime que le vote n’aura qu’un impact limité sur son avenir immédiat.
Ce type de réaction s’explique aussi par l’accumulation des crises. Quand les prix augmentent, que l’emploi manque et que l’avenir semble incertain, le scrutin paraît souvent secondaire. Dans ce contexte, la participation électorale devient moins un réflexe démocratique qu’un arbitrage entre espoir de changement et défiance.
- Inscription électorale parfois négligée par découragement
- Vote utile perçu comme difficile à identifier
- Déconnexion entre campagne et préoccupations sociales
Le poids des tensions sécuritaires et des déplacements
Au-delà du désintérêt politique, la situation sécuritaire pèse lourd dans les esprits. Semhal, employée du salon de coiffure, regrette notamment que le scrutin ne puisse pas se tenir au Tigré, région marquée par l’insécurité. Son constat est sans détour : tant que les violences et les tensions internes continueront de dominer l’actualité, les élections resteront secondaires pour une grande partie des citoyens.
Elle évoque aussi les départs vers la Libye, souvent envisagée comme une porte de sortie pour ceux qui veulent quitter le pays. Ce phénomène migratoire, qui touche de nombreux jeunes, symbolise la profondeur du malaise. Lorsque l’idée même de partir devient plus concrète que celle de voter, l’élection perd une part de sa capacité à mobiliser.
Une opposition difficile à entendre
La campagne a été marquée par une opposition qui peine à s’imposer dans le débat public. Dans un paysage politique dominé par des rapports de force très déséquilibrés, les messages alternatifs rencontrent peu d’écho. Cela alimente l’idée que les électeurs disposent d’un choix limité ou, à tout le moins, peu crédible, ce qui réduit l’incitation à se déplacer aux urnes.
Le problème n’est pas seulement la visibilité des candidats, mais aussi la confiance dans le processus. Quand les électeurs doutent de l’équité de la compétition, ils ont davantage tendance à se détourner du vote. Le scrutin devient alors un événement institutionnel, mais pas nécessairement un moment de participation collective.
- Opposition peu audible pendant la campagne
- Confiance électorale fragile dans plusieurs milieux urbains
- Sentiment d’inéluctabilité qui freine la participation
Des chiffres encourageants, mais une réalité contrastée
La Commission électorale souligne cependant un élément positif : 50 millions d’électeurs seraient inscrits cette année, soit 13 millions de plus qu’en 2021. Sur le papier, cette progression témoigne d’un élargissement du corps électoral et d’un effort d’organisation notable. Mais ces chiffres ne suffisent pas à dissiper les interrogations sur la mobilisation réelle le jour du vote.
Le contraste entre l’ampleur de l’inscription et la faiblesse de l’intérêt observé sur le terrain rappelle qu’un registre électoral fourni ne garantit pas une participation élevée. Entre les attentes déçues, les tensions locales et la méfiance envers la politique, l’enjeu principal reste désormais de savoir si les électeurs transformeront leur inscription en vote effectif.
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