Une avancée révolutionnaire : transformer le groupe sanguin d’un rein
Des chercheurs ont réussi à convertir le groupe sanguin d’un rein de donneur de type A en type O, puis à le transplanter chez une personne. Cette première mondiale ouvre la voie à une modification fondamentale des critères de compatibilité pour les greffes d’organes : si un organe peut être rendu de type O, il devient potentiellement recevable par n’importe quel patient, éliminant ainsi la contrainte majeure du groupe sanguin.
Pourquoi le groupe sanguin compte tant pour les greffes
Le système immunitaire réagit aux antigènes A et B présents sur les cellules. Un receveur ayant des anticorps dirigés contre ces antigènes peut rejeter rapidement l’organe. Le groupe O est dit « universel » parce qu’il ne présente pas d’antigènes A ou B, réduisant le risque d’attaque immunitaire initiale. Exemple précis :
- Donneur A → Receveur B : risque élevé d’attaque immunitaire.
- Donneur O → Receveur A/B/AB/O : compatibilité élargie.
La méthode : une enzyme qui efface les antigènes A
L’équipe canadienne et chinoise a utilisé une enzyme capable d’enlever les antigènes de type A des tissus rénaux, transformant ainsi un rein A en rein O. Détails techniques illustratifs :
- L’enzyme a été identifiée en 2019 puis testée ex vivo sur poumons en 2022.
- Application ciblée sur la surface des vaisseaux et du parenchyme rénal pour éliminer les sucres responsables de l’antigénicité.
Résultats cliniques : réussite partielle mais prometteuse
Le rein converti a été transplanté dans un homme de 68 ans en état de mort cérébrale à Chongqing (Chine). Points clés :
- L’organe a fonctionné immédiatement, produisant de l’urine pendant six jours.
- Il est resté sain pendant deux jours avant l’apparition de signes de rejet, indiquant des limites à maîtriser.
- Les observations ont été publiées dans Nature Biomedical Engineering.
Implications pour la transplantation et les listes d’attente
Si la conversion des groupes sanguins devient fiable et durable, cela pourrait transformer la sélection des organes et réduire les délais de greffe. Conséquences concrètes :
- Augmentation du pool d’organes disponibles : moins de rejets immédiats liés au sang.
- Possibilité de prioriser d’autres critères immunologiques, comme les allo-antigènes HLA, pour optimiser la survie à long terme.
- Réduction des échanges complexes de paires donneur-receveur actuellement pratiqués dans certains programmes.
Défis restants et perspectives de recherche
Plusieurs obstacles doivent être levés avant une application clinique généralisée :
- Durabilité : empêcher le retour des antigènes ou l’apparition d’une réponse immune différée.
- Sécurité : vérifier l’absence d’effets collatéraux liés au traitement enzymatique sur les cellules et tissus.
- Transposabilité : adapter la technique à d’autres organes (foie, cœur, poumons) et à des protocoles standardisés.
Exemples d’étapes prochaines : essais animaux prolongés, études multicentriques contrôlées, optimisation des doses et de la perfusion enzymatique. Ces travaux permettront d’évaluer si la conversion de groupe sanguin peut devenir une pratique courante, sûre et efficace pour améliorer l’accès aux greffes.

