
Un assassinat qui révèle des fractures locales
Au Mali, la mort du premier adjoint au maire de Kendié, Habib Yalcoué, met en lumière une situation sécuritaire et politique de plus en plus tendue dans la région de Bandiagara. Tué à son domicile dans la nuit du 30 au 31 mai, devant sa famille, cet enseignant et élu local incarnait une voix favorable à des arrangements de proximité avec les jihadistes du Jnim, afin de permettre aux habitants de circuler, travailler et vivre avec moins de pression armée.
- Lieu : Kendié, région de Bandiagara
- Victime : Habib Yalcoué, directeur d’école et adjoint au maire
- Mode opératoire : hommes armés entrant au domicile et tir à bout portant
- Enjeu : tensions autour des accords locaux avec le Jnim, lié à al-Qaïda
Les accords locaux, une stratégie sous pression
Selon plusieurs sources locales, Habib Yalcoué plaidait pour une forme d’acceptation de la charia imposée par les jihadistes en échange d’une baisse des attaques contre les populations. Ce type de compromis, souvent informel, est présenté par certains habitants comme un moyen de survivre dans des zones où l’État est peu présent. Mais il est aussi dénoncé comme une capitulation morale et politique, car il revient à légitimer l’autorité des groupes armés.
- Objectif des accords : réduire les attaques et rouvrir les déplacements
- Critique principale : accepter l’ordre imposé par les jihadistes
- Conséquence locale : divisions profondes entre partisans du compromis et opposants
Des représailles attribuées aux dozos
Des sources concordantes accusent les dozos, chasseurs traditionnels devenus groupes d’autodéfense au sein de Dan Na Ambassagou, d’avoir ciblé les partisans de ces arrangements. Plusieurs responsables du mouvement ont toutefois rejeté toute implication, rappelant au contraire les exactions commises par les jihadistes dans la région. Cette confrontation entre défense communautaire et violence armée alimente un cycle de représailles difficile à enrayer.
- Dan Na Ambassagou : groupe d’autodéfense issu des chasseurs dozos
- Accusation locale : règlements de comptes contre les partisans des accords
- Défense des responsables : démenti et mise en avant de la menace jihadiste
Une série d’attaques meurtrières dans la région
Le mois de mai a été particulièrement violent dans la zone de Bandiagara. Le Jnim a mené plusieurs attaques contre des villages protégés par les dozos, notamment à Kori Kori, Gomossogou, Kendié, puis dans cinq villages des communes de Dimbal et Bankass. Le bilan humain est lourd : au moins 70 morts selon les sources locales, et davantage selon Dan Na Ambassagou.
- 6 mai : attaques à Kori Kori et Gomossogou
- 12 mai : assaut à Kendié
- 21 mai : violences dans cinq villages de Dimbal et Bankass
- Bilan : civils et chasseurs traditionnels parmi les victimes
Des autorités de transition sous pression
Face à l’ampleur des violences, des membres du gouvernement de transition se sont rendus à Bandiagara le 11 mai. Le ministre de la Réconciliation nationale, général Ismaël Wagué, et la ministre de la Santé, médecin colonel-major Assa Badiallo Touré, ont appelé les populations à rester unies et ont promis de poursuivre les efforts de sécurisation. Ces déplacements illustrent la volonté de rassurer, mais aussi les limites d’une présence étatique confrontée à l’expansion des groupes armés.
- Message officiel : unité des populations et poursuite de la sécurisation
- Problème central : faiblesse de la protection durable dans les zones rurales
- Effet politique : attente forte des habitants face à des résultats encore insuffisants
Déplacements forcés et arrivée de réfugiés
Les violences ont provoqué des déplacements internes dans la région, certaines familles cherchant refuge dans des localités moins exposées. En parallèle, la zone de Koro fait face à un nouvel afflux de réfugiés venus du Burkina Faso, fuyant des exactions dans la boucle du Mouhoun. Le HCR indique que ces arrivées concernent surtout des femmes, des enfants et des personnes âgées, souvent épuisés après de longues marches, et que les infrastructures locales sont déjà saturées.
- Profil des arrivants : femmes, enfants, personnes âgées
- Parcours : plusieurs dizaines de kilomètres à pied ou à moto
- Situation humanitaire : besoins urgents en abri, nourriture et soins
- Zone la plus touchée : Koro, l’un des principaux points d’accueil au Mali







