
Un tournant sécuritaire qui bouleverse la circulation au Mali
Au Mali, les autorités ont lancé une opération spéciale pour immatriculer les engins à deux ou trois roues circulant sans plaque réglementaire. Cette initiative, annoncée après une décision du ministère des Transports, s’inscrit dans un contexte de préoccupation sécuritaire marquée, alors que les motos jouent un rôle central dans les déplacements du quotidien, notamment en zone rurale. La mesure est intervenue après l’interdiction, depuis le 3 juin, des motos de 125 cm3 et plus hors des grandes villes, une décision qui continue de susciter débats et inquiétudes.
- Objectif affiché : mieux contrôler les véhicules motorisés.
- Motif principal : répondre aux impératifs sécuritaires actuels.
- Public concerné : usagers de motos, tricycles et engins sans immatriculation.
Des usages quotidiens profondément affectés
Dans de nombreuses localités, la décision oblige déjà les habitants à revoir leurs habitudes. Certains professionnels et acteurs communautaires racontent avoir remplacé leurs motos par des voitures ou de petites cylindrées pour continuer leurs activités sans enfreindre les consignes. À Niono, un notable explique ainsi qu’il utilise désormais un autre véhicule, tandis qu’à Koulikouro, un salarié d’ONG affirme qu’il ne se rend plus dans les villages à moto. Ces changements illustrent à quel point les deux-roues sont devenus indispensables pour les missions humanitaires, les visites familiales ou les trajets agricoles.
- ONG : déplacements réduits vers les zones reculées.
- Communautés rurales : recours accru à d’autres moyens de transport.
- Impact direct : baisse de mobilité pour les activités d’entraide et de terrain.
Une application inégale selon les régions
Sur le terrain, l’application de la mesure apparaît très variable. À Koutiala, des agriculteurs se seraient présentés à une rencontre avec de grosses cylindrées sans être inquiétés par les forces de sécurité. À Siby, des habitants affirment que les motos continuent de circuler malgré les checkpoints. Dans la région de Kayes, d’autres témoignages vont dans le même sens : les motos roulent encore normalement dans les villages environnants. À Nioro du Sahel, une réunion de sensibilisation a bien été organisée par le gouverneur, mais plusieurs observateurs estiment que la mise en œuvre réelle reste à suivre.
- Constat récurrent : des écarts importants d’une localité à l’autre.
- Facteur probable : capacité variable des forces de sécurité à faire respecter les consignes.
- Résultat : sentiment d’incertitude chez les usagers.
Contrôles, saisies et détentions dans certaines zones
Dans d’autres secteurs, notamment en périphérie de Bamako, à Mopti ou à Gao, les témoignages évoquent des arrestations et des confiscations de motos. Selon une source locale, certaines personnes auraient été relâchées sans récupérer leur engin, tandis que d’autres resteraient détenues dans un camp militaire. Cette situation alimente les interrogations sur la capacité des autorités à harmoniser leur action sur l’ensemble du territoire, mais aussi sur la manière dont la mesure est perçue par une population très dépendante de la moto pour ses déplacements.
La saison des pluies renforce encore les inquiétudes : pour de nombreux habitants, les trajets deviennent plus complexes quand les pistes se dégradent, et la moto reste souvent le seul moyen d’accès rapide entre villages, marchés et champs.
Zones d’accès interdit et accords locaux avec les groupes armés
La nouvelle politique de sécurité ne se limite pas aux routes. Le 3 juin, les autorités de transition ont aussi créé 39 zones d’intérêt militaire d’accès interdit à la population civile, surtout des forêts soupçonnées d’abriter des groupes armés. Dans le cercle de Bankass, des habitants disent que des accords locaux conclus avec le Jnim permettent aux motos de circuler normalement, les militaires restant proches de leurs bases. Ce type d’entente existe aussi dans plusieurs communes du centre du pays, notamment dans les régions de Mopti et Bandiagara.
- Bankass : circulation facilitée par des arrangements locaux.
- Mopti et Bandiagara : présence d’accords dans de nombreux villages.
- Enjeu : arbitrer entre sécurité, mobilité et contrôle du territoire.
Le carburant, autre obstacle majeur au déplacement
À ces restrictions s’ajoute une difficulté très concrète : le manque de carburant. Le blocus jihadiste perturbe l’approvisionnement des stations-service et pousse les prix du marché noir à des niveaux élevés. Des témoignages évoquent 2 000 francs CFA le litre à Gao, 2 500 à Tombouctou, 3 500 à Mopti et jusqu’à 5 000 à Ségou, quand le carburant est disponible. Dans certaines localités comme Diré, les habitants ne savent plus si la baisse du nombre de motos est surtout liée à l’interdiction, à la rareté du carburant, ou aux deux à la fois.
Cette combinaison entre mesures sécuritaires, pression armée et pénurie énergétique transforme profondément la mobilité au Mali. Pour les citadins comme pour les ruraux, le quotidien dépend désormais de choix difficiles, entre conformité aux règles, besoin de circuler et accès de plus en plus incertain aux moyens de transport.
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