
Une enquête qui met au jour une pratique industrielle en haute mer
Une enquête récente, relayée par des médias internationaux, révèle que, au large des îles Bijagos en Guinée-Bissau, des cargos présentés comme navires de transport ont procédé à la transformation de tonnes de poisson directement en mer, produisant de la farine et de l’huile de poisson destinées à l’export pour l’aquaculture et l’élevage ; ces opérations ont été réalisées en marge des contrôles et parfois à la limite de la légalité, avec des conséquences régionales importantes.
Méthodes observées : transbordements et opacité
Les pratiques décrites comprennent le transbordement en mer, la coupure ou la manipulation des systèmes de localisation (AIS/VMS) et la transformation à bord de petites pélagiques comme les sardinelles, souvent livrées par des flottes tierces; les signes d’alerte relevés par les enquêteurs sont clairs :
- Transbordement nocturne ou au large, loin des patrouilles.
- : trajets fragmentés et périodes sans signal.
- Usines flottantes : cuves, broyeurs et presses pour farine/huile embarqués.
- Chaînes de complaisance impliquant des flottes étrangères (plusieurs rapports citent des flottes turques comme acteurs réguliers).
Impacts environnementaux : pression sur les stocks et l’écosystème
La pêche intensive de petits pélagiques pour la transformation en mer réduit rapidement les stocks locaux, fragilise les chaînes trophiques et augmente le risque d’effets en cascade sur les écosystèmes marins ; exemples concrets :
- Réduction des bancs de sardinelles, espèce-clé pour oiseaux marins et prédateurs locaux.
- Fragmentation des habitats côtiers par la pression de pêche accrue.
- Augmentation de la dépendance aux ingrédients marins pour l’aquaculture, qui alimente la demande de farine de poisson.
Conséquences socio-économiques pour les populations côtières
Pour les communautés artisanales de Guinée-Bissau, où le poisson est une source essentielle de protéines, la captation et la transformation en mer entraînent une baisse des prises, une hausse des prix et une menace directe sur la sécurité alimentaire : par exemple, des milliers de pêcheurs artisanaux voient leurs filets rapporter moins, leurs revenus chuter et l’accès au poisson frais diminuer, poussant certains foyers à recourir à des alternatives moins nutritives.
Cadre réglementaire et limites du contrôle en mer
Les autorités nationales ont parfois proclamé des interdictions, mais l’application reste limitée en raison du manque de moyens de surveillance, de la vasteté des zones économiques exclusives et des techniques d’évitement (navires sous pavillons de complaisance, transbordements nocturnes). Les outils juridiques et régionaux existent (accords régionaux, mesures de contrôle portuaire), mais ils exigent :
- Renforcement des capacités de surveillance maritime (patrouilles, aéronefs, satellites).
- Application cohérente des règles et sanctions ciblées contre les opérateurs illégaux.
- Coopération régionale pour la traçabilité des captures et la transparence des pavillons.
Actions possibles pour restaurer la transparence et protéger les communautés
Pour atténuer ces pratiques et protéger les ressources locales, plusieurs pistes concrètes peuvent être mobilisées : déployer la surveillance satellitaire et l’analyse AIS, interdire ou réglementer strictement le transbordement en mer, renforcer les contrôles portuaires et la traçabilité, soutenir l’économie des pêcheurs artisanaux et promouvoir des standards durables pour la filière poisson ; exemples d’initiatives efficaces à étendre :
- Utilisation d’observatoires satellites et d’organisations indépendantes pour détecter les anomalies (ex. plateformes publiques de suivi).
- Programmes d’appui aux pêcheurs locaux pour valoriser le poisson frais sur les marchés locaux et réduire la dépendance aux exportations.
- Accords bilatéraux et régionaux visant à interdire la transformation en mer non contrôlée et à appliquer des sanctions dissuasives.
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