
Un commerce de l’or qui alimente les soupçons
Le rapport des experts de l’ONU met en lumière une réalité troublante dans l’est de la RDC : une partie de l’or extrait en Ituri aurait été introduite clandestinement en Ouganda. L’enquête s’appuie sur des incohérences relevées entre les volumes d’or exportés et les niveaux de production officiellement déclarés. Selon les auteurs, ces écarts ne relèvent pas d’une simple erreur statistique, mais d’un possible système structuré de contrebande régional.
Des chiffres qui ne collent pas
L’un des points centraux du document concerne les exportations records annoncées par Kampala pour l’année précédente, avec environ 62 tonnes d’or. Or, dans le même temps, l’Ouganda n’a pas déclaré une production nationale équivalente. Cette différence alimente l’hypothèse d’un or importé illégalement depuis les zones minières voisines de la RDC, puis réexporté comme production ougandaise. Le cas de l’Ituri est particulièrement cité, car ses exportations officielles sont restées très faibles malgré une activité minière réelle bien plus importante.
- 62 tonnes d’or exportées par l’Ouganda selon les chiffres annoncés.
- 559 kilos seulement déclarés pour les exportations officielles en Ituri.
- Une production locale pourtant visible dans plusieurs zones minières.
Ituri : une production minière en forte intensification
Autour de Mabanga, Nizi et le long de la rivière Shari, les sites semi-mécanisés se sont multipliés sur les gisements aurifères. Cette évolution traduit une montée en puissance de l’extraction, avec des volumes qui se comptent désormais en tonnes et non plus seulement en kilos. Pour les experts, cette dynamique montre que l’or sort bien de terre à grande échelle, mais qu’il ne suit pas les circuits légaux de commercialisation. Une partie importante semble donc échapper au contrôle des autorités congolaises.
La contrebande comme moteur économique parallèle
Le rapport décrit un système où l’or artisanal devient une ressource stratégique pour divers acteurs armés. Les mineurs artisanaux sont soumis à des taxes illégales imposées par des groupes qui contrôlent certains sites ou axes de transport. Ces revenus servent ensuite à financer les activités de ces groupes, notamment l’achat d’armes et le maintien de leur influence locale. Ce mécanisme transforme l’exploitation aurifère en véritable économie de guerre, au détriment des populations vivant autour des mines.
- Prélèvements forcés sur les mineurs artisanaux.
- Financement des groupes armés par des revenus miniers.
- Affaiblissement de la traçabilité de l’or.
Le cyanure, une menace sanitaire et environnementale
Au-delà de la fraude commerciale, les experts alertent sur l’essor de la lixiviation au cyanure, une technique utilisée pour récupérer l’or contenu dans les résidus miniers. Cette méthode est particulièrement préoccupante lorsqu’elle est pratiquée sans autorisation, car elle expose les habitants à des risques graves pour la santé et pour l’environnement. En RDC, cette activité est illégale lorsqu’elle n’est pas encadrée. À Djugu, deux grandes installations auraient déjà permis de produire entre une et deux tonnes d’or depuis 2023, révélant l’ampleur du phénomène.
Un défi régional qui dépasse la seule question minière
Cette affaire illustre la complexité des flux de matières premières dans la région des Grands Lacs, où les frontières restent poreuses et les circuits commerciaux difficiles à contrôler. L’or d’Ituri pourrait ainsi suivre plusieurs routes : extraction artisanale, passage clandestin vers l’Ouganda, transformation ou requalification, puis exportation sous une autre identité. Les conséquences sont multiples : perte de recettes publiques pour la RDC, enrichissement des réseaux informels, dégradation des sites miniers et renforcement des acteurs armés. Le dossier montre combien le contrôle de l’or demeure un enjeu central pour la stabilité économique et sécuritaire de la région.
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