RDC : une épidémie d’Ebola d’ampleur historique en cours

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Une épidémie qui change d’échelle en RDC

Avec 2 325 décès confirmés au 15 août, la 17e épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) franchit un seuil inédit. Le pays dépasse désormais le bilan de la grande flambée de 2018-2020, jusque-là la plus meurtrière de son histoire. Ce nouveau cap est d’autant plus frappant que la transmission reste active, ce qui signifie que le bilan humain continue d’évoluer. Cette situation place la RDC face à un défi sanitaire majeur, dans un contexte où chaque jour compte pour casser les chaînes de contamination.

Le précédent record de 2018-2020, longtemps référence

La flambée déclarée le 1er août 2018 dans le Nord-Kivu avait profondément marqué les esprits. Elle s’était déroulée dans une zone de conflit, avec une durée exceptionnelle de vingt-deux mois. À sa clôture, le 25 juin 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait recensé 3 470 cas, 2 287 décès et 1 171 survivants. Cette crise avait mobilisé des moyens considérables :

  • le suivi de 250 000 contacts ;
  • l’analyse de 220 000 échantillons ;
  • la vaccination de plus de 303 000 personnes.

Ce précédent servait jusqu’ici de repère pour mesurer l’ampleur des flambées d’Ebola en RDC. Il est désormais dépassé en nombre de décès, alors même que l’épidémie actuelle n’est pas terminée.

Des chiffres qui continuent d’augmenter

Les données compilées par les autorités congolaises font état de 4 945 cas confirmés et de 2 325 décès, soit une létalité de 47%. Le contraste avec l’épidémie de 2018-2020 est net : cela représente 38 décès et 1 475 cas confirmés de plus que le bilan final communiqué par l’OMS pour cette période. Mais la comparaison doit être lue avec prudence, car la flambée actuelle se poursuit encore. Pour les seules dernières 24 heures recensées, le pays a signalé 101 nouveaux cas et 53 décès confirmés, avec 34 guérisons annoncées sur la même période.

Six provinces touchées et un épicentre en Ituri

L’épidémie s’est étendue à 55 zones de santé dans six provinces : Ituri, Nord-Kivu, Haut-Uélé, Tshopo, Sud-Kivu et Bas-Uélé. L’Ituri demeure de loin le principal foyer, avec 4 194 cas confirmés et 1 838 décès, soit 84,8% de l’ensemble des cas. Elle a aussi concentré 89 des 101 nouveaux cas rapportés en une journée. Le Nord-Kivu constitue le deuxième foyer, avec 596 cas et 417 décès, soit une létalité très élevée de 70%. Les autres provinces restent moins touchées, mais confirment l’extension géographique du virus :

  • Haut-Uélé : 138 cas, 62 décès ;
  • Tshopo : 13 cas, six décès ;
  • Sud-Kivu : trois cas, un décès ;
  • Bas-Uélé : un cas, décédé.

Des décès encore nombreux hors des structures de soins

Parmi les signaux les plus préoccupants figure la persistance de décès dans les communautés. En vingt-quatre heures, 33 morts ont été confirmées en dehors de toute structure de santé, dont 30 en Ituri et trois au Nord-Kivu. Ce type de décès complique la prise en charge rapide et augmente les risques de propagation. Le suivi des contacts progresse, avec 20 791 personnes suivies sur 24 383 attendues, soit 85,3%. Mais les écarts restent marqués selon les provinces :

  • 89,8% en Ituri ;
  • 79% au Nord-Kivu ;
  • 61,8% au Haut-Uélé.

Le rapport sanitaire souligne aussi des faiblesses dans la remontée des alertes, le listage et le suivi des contacts, autant d’éléments essentiels pour contenir Ebola.

Une riposte freinée par des tensions logistiques et humaines

La capacité de réponse reste mise à rude épreuve. Plusieurs centres de traitement ou de transit sont signalés comme saturés, notamment à Bambu, Fataki et Nizi. Au Nord-Kivu, les 142 lits réservés aux cas suspects étaient tous occupés. Dans le Haut-Uélé, aucune des six zones touchées ne dispose encore d’un centre de traitement Ebola conforme aux normes. Les difficultés touchent aussi la prévention :

  • en Ituri, seuls 21 des 171 « rings » d’intervention attendus ont été ouverts ;
  • des grèves de décontaminateurs perturbent l’action sur le terrain ;
  • des prestataires ne sont pas payés dans plusieurs points d’entrée et de contrôle ;
  • dans la Tshopo, seulement 7 points sur 20 étaient activés.

À cela s’ajoutent des pénuries de matériel : couvre-têtes, masques chirurgicaux, gel hydroalcoolique et lunettes de protection deviennent rares, tandis que les stocks de chlore sont très insuffisants face aux besoins estimés.

Une rupture nette avec les flambées plus limitées des années récentes

Le franchissement de ce seuil prend tout son sens si on le compare aux flambées plus rapidement contenues survenues après 2020. En 2020 dans l’Équateur, la onzième épidémie avait causé 55 morts. En 2021, deux épisodes successifs avaient chacun fait six morts. En 2022, une flambée avait causé cinq décès, tous chez des cas confirmés, et une autre n’avait compté qu’un seul cas. Plus récemment, la seizième épidémie, déclarée en 2025 au Kasaï, avait été maîtrisée en trois mois, avec 64 cas et 45 décès, ainsi que plus de 47 500 personnes vaccinées. La situation actuelle marque donc une véritable rupture : elle combine ampleur des cas, extension géographique et difficultés opérationnelles, tandis que les premiers cas suspects auraient été détectés à partir du 24 avril 2026, avant la déclaration officielle du 15 mai 2026.


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