Syrie : pourquoi les investisseurs du Golfe boudent Damas

Date:

Un pari diplomatique pour relancer la Syrie

Après trois jours de visite dans les pays du Golfe, le président syrien Ahmed al-Charaa mise sur les investissements étrangers pour financer la reconstruction d’un pays marqué par plus de dix ans de guerre : c’est un pari politique et économique visant à attirer des capitaux privés et publics. Exemple : des projets de zones commerciales et d’infrastructures modernes sont présentés comme des catalyseurs de croissance. Points clés :

  • Objectifs : relancer l’économie, reconstruire les infrastructures, attirer des investisseurs.
  • Moyens : partenariats publics-privés, capitaux du Golfe, concessions foncières.
  • Risques : priorisation d’investissements visibles mais peu inclusifs.

Yarmouk, image des besoins non résolus

À Yarmouk, au sud de Damas, les immeubles éventrés et les rues couvertes de gravats illustrent la fracture entre annonces et réalité : l’ancien camp palestinien a été presque entièrement détruit et seule une minorité est revenue. Exemple précis : Amina, 52 ans, déplacée depuis 2013, vit de logements temporaires et a perdu cinq enfants pendant la guerre. Besoins urgents identifiés :

  • Logement : reconstructions accessibles et durable.
  • Services de base : eau, électricité, soins de santé.
  • Restauration sociale : aides ciblées aux plus vulnérables.

Centres commerciaux ou toits pour les familles ?

Les projets attirant des investisseurs du Golfe portent souvent sur des centres commerciaux et des zones modernes, mais beaucoup d’habitants jugent ces priorités inadaptées. Exemple : des plans de « zones modernes » annoncées à Damas contrastent avec des familles qui dorment à la belle étoile ou chez des proches. Les incohérences principales :

  • Accessibilité : commerces haut de gamme peu accessibles aux revenus locaux.
  • Priorités : équipements luxueux vs besoins fondamentaux.
  • Répartition : risque d’embourgeoisement et d’éviction des populations locales.

Impact humain : déplacements et pauvreté persistante

La relance par l’investissement ne résout pas automatiquement la crise humaine : des millions de Syriens restent déplacés, sans revenus stables ni logement. Exemple : à Yarmouk, le retour est limité car les services et la sécurité restent insuffisants. Conséquences observées :

  • Instabilité du retour : retours temporaires ou impossibles.
  • Précarité : incapacité à payer des loyers, pauvreté durable.
  • Traumatismes : pertes familiales et besoins en santé mentale.

Ce que devrait prioriser une reconstruction durable

Pour être efficace et juste, la reconstruction doit se fonder sur des besoins réels et la participation des communautés affectées. Exemple d’approche pragmatique : des programmes de relogement rapide, réhabilitation des réseaux d’eau et d’électricité, et soutien aux petites entreprises locales. Priorités recommandées :

  • Logements abordables et sécurisés.
  • Remise en marche des services essentiels : eau, électricité, santé, écoles.
  • Participation locale : consultations et emplois pour les habitants.

Scénarios réalistes et pistes pour aller de l’avant

Plusieurs voies sont possibles pour concilier capitaux étrangers et besoins locaux : conditionner les investissements à des obligations sociales, planifier une reconstruction par étapes et renforcer la transparence. Exemple concret : lier la construction de centres commerciaux à des quotas de logements sociaux et à des contrats locaux pour la main-d’œuvre. Mesures à envisager :

  • Conditionalité : accords liant financements à résultats sociaux mesurables.
  • Phasage : prioriser infrastructures de base puis projets économiques.
  • Surveillance : mécanismes transparents pour suivre l’utilisation des fonds.

En savoir plus sur L'ABESTIT

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Share post:

Popular

More like this
Related

Été 2026 record en Europe, mais inertie politique persiste

Selon le service européen Copernicus, la température moyenne estivale s’est établie à 21,7 °C, bien au-dessus de la moyenne, et le débit des cours d’eau a atteint son niveau le plus faible depuis plus de trente ans. Mais les Etats membres de l’Union européenne continuent d’investir dans les énergies fossiles....

Au Yémen, l’offensive éclair houthiste expose les failles de la coalition

L’offensive éclair menée par les rebelles houthistes en septembre souligne à quel point leurs capacités ont été sous-estimées. Et, en miroir, comment la cohésion et la préparation des forces affiliées au gouvernement internationalement reconnu ont été surestimées....

Budget 2027 : le gouvernement retire les frais d’inscription en BTS

Le ministre de l’éducation nationale, Edouard Geffray, a annoncé jeudi sur France 2 que le gouvernement retirait cette mesure, inscrite dans le projet de budget 2027 présenté le matin même. Au vu de la mobilisation dans les lycées, qui s’est poursuivie ce jeudi après-midi, l’idée du retrait se serait imposée comme une façon de ne pas jeter d’huile sur le feu....

Béziers : Elena, 12 ans, se défenestre après harcèlement en ligne

Une élève de 5e a tenté de mettre fin à ses jours en se défenestrant ce jeudi peu avant midi à Béziers (Hérault). L'adolescente qui vient de perdre son papa, ne supportait plus qu'on se moque de son physique sur les les réseaux sociaux d'après des proches. Une enquête de police est ouverte....