
Bornéo sous la fumée : un avertissement qui divise
En Indonésie, les incendies qui ravagent actuellement l’île de Bornéo ont ravivé un débat brûlant sur la responsabilité des acteurs publics et privés. Face à l’ampleur des feux, le président Prabowo Subianto a adopté une ligne dure, appelant à sanctionner le défrichement par brûlis et allant jusqu’à qualifier cette pratique de « terrorisme écologique ». Cette formule choc a immédiatement attiré l’attention, mais elle suscite aussi de vives réserves chez plusieurs organisations de défense de l’environnement, qui y voient surtout une réponse politique à un problème beaucoup plus profond.
Un discours présidentiel ferme, mais contesté
Le chef de l’État a promis une tolérance zéro contre les personnes et les entreprises impliquées dans les incendies. Sur le papier, le message semble clair : frapper vite et fort contre les auteurs de départs de feu. Mais pour des ONG comme Walhi, ce vocabulaire masque mal les causes structurelles des feux de forêt. Selon Pradipta Indra, responsable de l’organisation à Java oriental, réduire le problème à l’acte d’allumer un feu revient à ignorer les mécanismes économiques, fonciers et réglementaires qui favorisent sa répétition.
- Mesure affichée : sanctionner les brûlis et les responsables des départs de feu.
- Critique principale : traiter seulement l’effet, sans corriger les causes.
- Risque pointé : transformer un enjeu écologique en simple opération de communication.
Les ONG dénoncent des causes plus profondes
Pour les défenseurs de l’environnement, les feux ne naissent pas dans le vide. Ils s’inscrivent dans un système où certaines activités industrielles, notamment liées à l’exploitation des terres, créent un terrain favorable aux incendies. Pradipta Indra estime que les grandes entreprises bénéficient trop souvent de réglementations laxistes ou appliquées de manière inégale, ce qui affaiblit la prévention. Autrement dit, le brûlis n’est qu’un symptôme visible d’une crise plus large : pression sur les forêts, fragilité de la gouvernance locale et manque de contrôle durable sur les concessions.
219 enquêtes, 95 entreprises visées
Du côté des autorités, la réponse judiciaire s’intensifie. La police indonésienne a annoncé l’ouverture de 219 enquêtes pénales liées aux incendies, tandis que 95 entreprises font également l’objet de vérifications. Ces chiffres montrent que les autorités veulent démontrer leur détermination à identifier les responsables. Pourtant, pour de nombreux observateurs, l’efficacité de cette stratégie dépendra de la capacité de l’État à aller au-delà des annonces et à appliquer des sanctions réellement dissuasives, sans distinction entre petits acteurs et grands groupes.
- 219 enquêtes ouvertes par la police pour faits liés aux incendies.
- 95 entreprises examinées dans le cadre des investigations.
- Objectif affiché : mettre fin à l’impunité et prévenir les récidives.
L’État lui-même mis en cause
La critique des ONG ne vise pas uniquement les sociétés privées. Selon Walhi, les incendies récurrents dans les zones de concession et sur les terres publiques révèlent aussi une responsabilité de l’État. Le reproche est sévère : les lois de restauration des écosystèmes et de protection des populations n’auraient pas été appliquées avec suffisamment de rigueur. Cette lecture renvoie à une question centrale dans la gestion forestière indonésienne : qui contrôle réellement les territoires vulnérables, et avec quels moyens?
Dans les faits, un incendie de forêt ne se limite jamais à une question technique. Il touche à la propriété foncière, à la surveillance administrative, à la transparence des concessions et à la capacité de sanctionner les abus. C’est précisément là que les ONG veulent replacer le débat, plutôt que de s’arrêter à une condamnation générale des brûlis.
Des dégâts déjà considérables sur l’île de Bornéo
Les conséquences environnementales sont déjà massives. Entre janvier et juillet 2026, les incendies avaient détruit plus de 200 000 hectares de terres, selon le gouvernement indonésien. Et le bilan continue de s’alourdir. Sur Bornéo, la répétition des feux fragilise les sols, détruit les habitats naturels et accentue la pression sur une biodiversité exceptionnelle. Les populations locales, elles, subissent aussi les fumées toxiques, les difficultés respiratoires et la perturbation des activités quotidiennes.
- Forêts détruites : perte d’habitats et fragmentation des écosystèmes.
- Santé publique : exposition prolongée aux fumées nocives.
- Économie locale : agriculture, transport et travail perturbés par les incendies.
Un enjeu qui dépasse la simple répression
Le débat autour des feux de Bornéo révèle une tension récurrente en Indonésie : faut-il miser d’abord sur la répression, ou sur une réforme en profondeur de la gestion des terres? Les observateurs soulignent qu’une réponse durable suppose plusieurs leviers à la fois : surveillance renforcée, poursuites judiciaires crédibles, contrôle des concessions, restauration des zones dégradées et protection des communautés affectées. Sans cela, les crises risquent de se répéter, saison après saison, avec les mêmes victimes et les mêmes controverses.
Ce dossier illustre enfin un point essentiel : la lutte contre les incendies de forêt ne se résume pas à éteindre les flammes. Elle exige de comprendre qui profite des défrichements, comment les règles sont appliquées, et pourquoi les alertes se multiplient sans toujours déboucher sur des changements profonds. À Bornéo, c’est bien cette bataille de fond qui est désormais au cœur de l’attention.
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