
Un procès très attendu autour de Rachida Dati
Devant le tribunal correctionnel de Paris, Rachida Dati a été interrogée pour la première fois sur les soupçons de corruption et de trafic d’influence liés à son activité passée auprès de Renault-Nissan. L’ancienne eurodéputée, renvoyée devant la 32e chambre correctionnelle, soutient qu’elle a agi en tant qu’avocate et non comme lobbyiste. Le dossier porte sur un contrat d’honoraires signé en 2009 avec une filiale néerlandaise du groupe automobile, à une période où elle siégeait au Parlement européen. Cette affaire, suivie de près en France, interroge à la fois la frontière entre conseil juridique et influence politique, et les limites imposées à un mandat parlementaire européen.
Un début d’audience dominé par les débats de procédure
Avant d’entrer dans le fond, l’audience a été marquée par de longues discussions sur la recevabilité des parties civiles. Les avocats de Rachida Dati ont contesté la présence de plusieurs associations anticorruption, estimant qu’elles perturbaient le bon déroulement des débats. En face, leurs confrères ont dénoncé une stratégie dilatoire, rappelant les nombreux recours déposés avant le procès. Le Parquet national financier a également demandé à avancer vers le cœur du dossier, jugeant que les contestations procédurales retardaient inutilement les explications attendues de la prévenue. Ce bras de fer juridique a illustré l’intensité du procès dès ses premières heures.
- Parties civiles contestées : associations anticorruption et Renault.
- Défense offensive : contestation de la place accordée à certains acteurs du dossier.
- Réplique du parquet : nécessité de traiter enfin le fond de l’affaire.
Une stratégie de défense centrée sur le rôle d’avocate
Rachida Dati a choisi une ligne de défense claire : elle affirme avoir exécuté un travail juridique réel pour Renault-Nissan, dans le cadre d’un contrat d’avocate. À la barre, elle a expliqué avoir travaillé sur plusieurs pays, en précisant les enjeux géopolitiques et économiques de chaque mission. Pour le Maroc, il s’agissait de suivre la bonne exécution d’un contrat industriel ; pour l’Algérie, de définir une stratégie ; pour la Turquie, de sécuriser des investissements dans un contexte politique mouvant. Selon elle, ses interventions relevaient de la veille juridique et du conseil, non d’une activité de représentation politique déguisée.
- Maroc : accompagnement d’un projet lié à une usine à Tanger.
- Algérie : élaboration d’une stratégie de suivi.
- Turquie : protection d’investissements dans un environnement incertain.
Le contrat avec Renault-Nissan au centre des accusations
Au cœur du dossier figure un contrat d’honoraires signé le 28 octobre 2009 entre Rachida Dati et RNBV, la filiale néerlandaise de Renault-Nissan dirigée alors par Carlos Ghosn. Le parquet soutient que ce contrat aurait servi à masquer une activité de défense des intérêts du groupe au sein du Parlement européen, ce qui serait incompatible avec le mandat d’eurodéputée. Les magistrats du parquet retiennent notamment trois questions parlementaires et plusieurs positions jugées favorables au constructeur. Pour la défense, il s’agissait au contraire d’un travail classique d’avocate, facturé à hauteur de 300 000 euros par an hors taxes, soit 900 000 euros sur trois ans.
Rachida Dati insiste sur un point central : « J’ai signé un contrat d’avocate et j’ai exercé comme avocate ». Cette formule résume sa position face à l’accusation, qui voit dans le contrat la trace d’un accord destiné à rémunérer une influence politique plus qu’un service juridique. L’enjeu du procès dépasse donc le cas personnel de l’ancienne ministre : il touche à la déontologie, au cumul des rôles et à la séparation entre fonctions électives et prestations privées.
Comment la relation avec Carlos Ghosn s’est-elle nouée ?
Le tribunal a également cherché à comprendre l’origine des liens entre Rachida Dati et Carlos Ghosn. L’homme d’affaires affirme que l’initiative venait d’elle ; l’intéressée donne une version plus nuancée. Elle dit avoir eu un échange téléphonique au cours duquel elle l’informa de sa future activité d’avocate, et Ghosn se serait montré intéressé par une urgence au Maroc. Rachida Dati souligne toutefois qu’elle n’a jamais travaillé seule avec lui lors de rendez-vous en tête-à-tête, des tiers étant toujours présents. Pour elle, cette précision compte : elle veut démontrer que sa relation avec le dirigeant relevait d’un cadre professionnel transparent.
- Version de Ghosn : l’initiative serait venue de Rachida Dati.
- Version de Dati : un échange téléphonique préalable à une mission d’avocate.
- Cadre invoqué : présence d’autres interlocuteurs pendant les réunions.
Une audition tendue, mais méthodique
L’atmosphère de l’audience est restée tendue, entre les piques des avocats, les remarques du parquet et la retenue de la prévenue. Assise sur son strapontin, Rachida Dati est restée longtemps silencieuse, feuilletant des documents et évitant ostensiblement le contact avec l’assistance. Lorsqu’elle s’est finalement exprimée, elle a livré un parcours personnel détaillé : baccalauréat scientifique, licence d’économie, maîtrise de droit public, puis expériences professionnelles en parallèle de ses études, notamment comme aide-soignante et comptable. Elle a parlé vite, sous l’effet du stress, au point d’être rappelée à l’ordre pour ralentir son débit. Cette séquence a donné à voir une prévenue déterminée à expliquer son parcours tout en contrôlant strictement son image.
Les prochains débats attendus devant la 32e chambre
Après ces premières heures d’interrogatoire, la présidente a levé l’audience en annonçant la reprise des débats pour le lundi 21 septembre. La suite du procès devra répondre à une question essentielle : le contrat signé avec Renault-Nissan relève-t-il d’un véritable travail d’avocate, ou constitue-t-il un dispositif destiné à contourner les règles encadrant les fonctions d’une élue européenne ? Les éléments déjà exposés montrent un dossier complexe, où s’entremêlent droit pénal, déontologie politique, relations d’affaires internationales et interprétation des missions confiées à une élue devenue conseil privé.
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